Rami Bebawi: "Il faut développer une certaine sensibilité et une humilité auprès des espèces"

Rami Bebawi: "Il faut développer une certaine sensibilité et une humilité auprès des espèces"

Rami Bebawi, cofondateur de la firme d’architecture KANVA, discute de la nouvelle conception du Biodôme de Montréal et de la rencontre entre l’homme et la nature.

En 2014, la firme KANVA, co-fondée par Rami Bebawi et Tudor Radulescu, remporte le volet « Biodôme renouvelé » du concours international d'architecture organisé par Espace pour la vie. Quelques mois après son inauguration, Rami Bebawi, architecte responsable du projet, discute du mandat et du rôle que le Biodôme joue dans la sensibilisation des humains à la complexité des environnements naturels.

ID/ Quel était l’objectif principal pour l’équipe KANVA lors de la nouvelle conception du Biodôme ?

Rami Bebawi, architecte responsable du projet.

L’objectif principal était de sensibiliser le visiteur à la complexité des environnements naturels. Le Biodôme est un musée scientifique qui passe par la vie. Nous avions donc une part de responsabilité en ce sens. Il fallait mettre de l’avant toute la complexité de la nature.

Notre mandat consistait à amplifier l'expérience immersive liant les visiteurs et les différents écosystèmes du musée, ainsi qu'à transformer les espaces publics du bâtiment. 

ID/ Comment y êtes-vous parvenus ?

L’architecture, la scénographie et la muséologie se sont toutes faites avec la même démarche, à savoir le HEART-HEAD-HAND (cœur-tête-main).

Le heart signifie le rapprochement émotif que nous voulions développer entre le public et les différentes espèces. Pour l’équipe KANVA, il était nécessaire qu’il y ait un attachement qui se crée. Ce lien se fait à travers une immersion complète et une proximité avec les écosystèmes. 

Le head est l’approche intellectuelle. Nous avions un certain devoir d’éducation. Dans le but d’expliquer les pratiques scientifiques, nous avons rajouté un étage au-dessus du belvédère qui permet de surplomber les écosystèmes et de comprendre les différents systèmes qu’abrite le Biodôme.

Le hand, quant à lui, tient pour le handprint, donc au lieu de s’attarder sur le footprint, qui est la trace laissée par l’Homme, le handprint focalise sur les gestes que l’on peut poser pour aider l’équilibre entre l’humain et la nature.

Crédit photo : Marc Cramer

Crédit photo : Marc Cramer

Crédit photo : Marc Cramer

 ID/ Quels étaient les plus gros défis face à cet objectif ?

Le plus gros défi était de comprendre, car avant de vulgariser ce savoir scientifique, il fallait nous-mêmes le saisir. Les premières étapes du mandat étaient un véritable retour à l’école. 

Il fallait d’abord prendre le temps de comprendre quelles étaient les exigences de différentes espèces. Et pour ce faire, ce sont les équipes du Biodômes, des ingénieurs, des consultants, des experts et tous les intervenants qui ont permis que cette démarche devienne ensuite une expression architecturale sensible, technique et intégrée.

Chaque intervention ou même réflexion doit se faire avec tous les décideurs autour de la table. Par exemple, pour dessiner le bassin des manchots, il faut comprendre comment ils nagent, quels sont les mouvements directionnels, quel doit être la profondeur et même comment ils sortent de l’eau, car certains sautent et arrivent sur leurs pattes, mais d’autre doivent avoir un bord incliné pour qu’ils puissent se frotter le bedon. On doit ensuite comprendre une foule d’éléments tels que les conditions de l’eau, les systèmes mécaniques, les différentes températures, etc.

Une fois ceci cerné, alors on peut se rassembler tous ensemble pour réfléchir à comment communiquer ce savoir de façon plus accessible.

ID/ Vous avez dû passer beaucoup de temps avec des biologistes et vétérinaires afin de mieux saisir les animaux et le type d’habitations dont ils ont besoin. Qu’avez-vous retenu de ces entretiens ?

Comme dans tous les projets, il y a un avant et un après Biodôme. Et ce pour toute notre équipe, car l’aventure du Biodôme est partagée entre nous tous. Notre démarche était plus timide par rapport à notre relation avec l’environnement. Il y a eu des projets où l’on essayait d’avoir un réflexe écologique, mais il nous manquait une certaine sensibilité. Le Biodôme a mis de l’ordre, et même plus, il a mis des fondements pour mieux comprendre et mieux nous orienter vers l’avenir.

Notre relation est maintenant différente avec notre contexte. Nous avons dorénavant le regard plus large. Depuis le Biodôme, nous cherchons à nous éloigner du principe que l’être humain est au centre de tout. Il faut plutôt atteindre un équilibre d’un écosystème plus grand. 

Crédit photo : Marc Cramer

Crédit photo : Marc Cramer

ID/ Comment l’architecture peut-elle aider cet équilibre entre la nature et l’homme ?

Évidemment, il y a le choix de matériaux, la carboneutralité, la certification LEED, mais il y a surtout la notion de sensibilité. Il faut développer une certaine sensibilité et une humilité auprès des espèces avant tout. La capacité de se positionner en tant qu’élément faisant partie d’un équilibre, à la fois fort et fragile, permet de développer des réflexes architecturaux respectueux et inclusifs. À travers notre pratique, entre art et architecture, entre éphémère et permanent, nous apprenons à définir cette sensibilité pour mieux l’intégrer et la partager.

Si chaque humain était plus sensible, alors les architectes auraient une plus grande conscience environnementale et leur architecture serait plus respectueuse.

Crédit photo : James Brittain

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