Projet Coloniale : optimiser un espace atypique en 6 étapes

Nathalie Thibodeau, architecte montréalaise, signe un projet de réaménagement résidentiel hors-norme sur l'avenue Coloniale, une réalisation ingénieuse aux dimensions atypiques. Un condensé de bonnes idées en seulement 517 pieds carrés. 

1 – Dresser un état des lieux

Le propriétaire de cette maison unifamiliale de deux étages contacte Nathalie Thibodeau pour concevoir un agrandissement de sa résidence. À l’étude de ce projet, l’architecte réalise que la bâtisse a été construite entre les deux maisons voisines sans créer ses propres murs. Les murs de son client ne lui appartiennent donc pas puisque se sont ceux de ses deux voisins. Autre découverte, l’électricité et la plomberie sont également dépendantes.

2 – S’armer de patience

Rapidement, Nathalie Thibodeau a des idées sur l’agrandissement de la surface habitable de la maison, mais se heurte à l’aspect législatif. Avec une largeur de 1,47 m (4’-10’’) dans sa partie la plus étroite et de 3 m (10’- 0’’) dans sa partie la plus large, ce lot d’une superficie totale de 30 m2 est le plus petit de l’île de Montréal. La résidence pose un problème de conformité. De plus, en ajoutant davantage de surface habitable, on fait face à un véritable casse-tête concernant le taux d’implantation. Pour finalement obtenir l’accord de la ville, il aura fallu deux années de recherches notariales retraçant l’historique de la construction de la bâtisse.

3 – Jouer avec les volumes et la lumière

Une fois la partie législative résolue, place à la créativité ! L’architecte fait entrer la lumière en ouvrant deux grandes fenêtres (Alumico) sur la cour intérieure, en haut et en bas. Elle redéfinit les espaces en agrandissant les pièces de vie. Afin de donner une impression de hauteur, Nathalie Thibodeau imagine un plancher ajouré soutenu par des poutres en bois massif. Pour réaliser ce défi technique, elle fait appel à Arga. « L’enjeu d’un tel plancher est de bien vieillir », précise-t-elle. À la fois esthétique et ingénieux, il permet d’accéder à l’étage par une trappe tout en dissimulant l’échelle une fois refermée.

A l'étage

Plancher ajouré Arga et fenêtre Alumico

 

Le plancher ajouré laisse passer la lumière et met en valeur les volumes.

 

Le système de trappe optimise l'espace.

4 – Créer l’illusion entre extérieur à intérieur

« J’ai voulu faire entrer le jardin dans le salon, c’était dans mon esprit la meilleure façon de parer à la petitesse des lieux », souligne l’architecte. L’accès à la cour se fait par deux marches en bois à la façon d’un banc. En choisissant une clôture opaque, on donne l'effet d'un jardin s'invitant à l’intérieur. Et pour bousculer un peu les codes, Nathalie Thibodeau a décidé de recycler l’escalier extérieur et de le placer à l’intérieur pour donner accès à la chambre de l’étage.

Un jardin dans le salon.

Les marches intégrent l'extérieur dans le décor intérieur.

 

L'escalier extérieur qui mène à l'étage s'intégre parfaitement à l'intérieur.

5 – Soigner les détails

« L’avantage d’un projet de petite taille, c’est de pouvoir utiliser des matériaux nobles et de mettre l’accent sur les finitions. C’est le cas du plancher ajouré, mais aussi des revêtements comme les beaux carreaux de ciment de Ramacieri soligo, ou le mur de briques blanches de Ruel et frères»

Du style dans le revêtement.

Un mixte de carreaux de ciment et de briques.

6 – Ouvrir le champ des possibles

Ce projet s’impose comme un cas d’école concernant la question de la densification grandissante de la population. La ville semble promise à un avenir tel que celui de Vancouver. Nathalie Thibodeau ouvre la voix d’un format d’habitation qualitatif qui tendrait à se généraliser dans une vingtaine d’années.

Ingénieur en structure : Latéral

Entrepreneur général : Construction Solidex

Photographe : Maxime Brouillet

comments powered by Disqus