Perchée

Perchée

Située sur un terrain boisé d'érables, la propriété, conçue par Matière Première Architecture, descend en pente douce vers une vallée où coule une rivière. C'est au sein de ce mouvement naturel du sol que Perchée prend forme : une maison qui privilégie la sobriété à l'ostentation, et dont l'implantation vise avant tout à limiter le déboisement afin de préserver la plus grande richesse du site : le sentiment d'être pleinement immergé au cœur des arbres.

Le nom du projet en révèle déjà l'intention. Perchée, terme français signifiant « perché » ou « surélevé », évoque à la fois la relation suspendue de la maison avec le terrain en pente et les racines culturelles des architectes. Conçue par un cabinet francophone et implantée dans un paysage francophone, la décision de conserver le nom original était délibérée : une manière de maintenir un lien direct avec la langue, le lieu et les origines. Plutôt que de traduire le mot, le projet laisse son sens s'exprimer à travers l'architecture elle-même.

Plutôt que de remodeler la topographie, l'architecture s'y intègre harmonieusement. Les longs plateaux et les toitures, tels des instruments de précision, encadrent les vues et créent un espace dégagé et soigneusement mesuré autour de la maison. De loin, le bâtiment apparaît comme une forme délicatement posée, presque drapée – à la fois ancrée et légère.

« Pour nous, cette approche, bien qu’inspirée par une sensibilité japonaise, s’enracine dans une lecture nordique de la relation entre le bâtiment et le site », explique l’architecte  Marc-Antoine Chrétien . « Le climat et la topographie ne sont jamais perçus comme des obstacles à surmonter, mais comme des paramètres à intégrer au langage architectural lui-même. »

Le rapport entre intérieur et extérieur – thème récurrent du discours architectural contemporain – trouve ici une expression plus concrète qu’une simple transparence visuelle. Perchée ne se contente pas de vastes baies vitrées ; elle instaure une véritable continuité spatiale.

« L’objectif n’était pas de représenter la forêt comme une image », ajoute Francis Provost , architecte du projet, « mais de créer des espaces qui se perçoivent comme de véritables prolongements de l’intérieur, liant physiquement l’architecture à son contexte forestier. »

Les espaces extérieurs couverts occupent une surface au sol presque identique à celle des pièces à vivre intérieures. On ne passe pas simplement « dehors » ; l’expérience évolue en douceur d’une pièce climatisée à un espace naturellement ventilé, sans jamais perdre cette sensation d’abri. La vie se déploie autant sous l’enveloppe du bâtiment que sous ses extensions, à l’ombre de généreux avant-toits et en dialogue constant avec la végétation environnante.

Cette logique s'étend même aux fonctions les plus ordinaires. Plutôt qu'un garage conventionnel, l'espace réservé à la voiture est conçu comme un volume couvert en réserve – une pièce extérieure prête à être utilisée. Lorsque la voiture est absente, l'architecture demeure : l'abri se transforme en terrasse, en seuil ou en espace de vie modulable, renforçant l'idée d'une maison qui multiplie les lieux habitables plutôt que les mètres carrés clos.

Le porte-à-faux longitudinal joue un rôle central dans cette stratégie. Loin d'être un geste iconique, il répond avant tout à la logique du site. En suspendant la maison le long de la pente, l'équipe a pu réduire les travaux de terrassement à proximité du bâtiment et limiter l'impact sur les systèmes racinaires des arbres matures. Cette avancée crée une allée périphérique et, au niveau du jardin, une zone abritée de 2,5 mètres de profondeur face à la piscine – un espace intermédiaire, ni tout à fait intérieur ni tout à fait extérieur, où le paysage est littéralement habité.

À l'intérieur, l'impression de générosité ne provient pas d'une superficie accrue, mais d'une précision perceptive. Des plafonds de trois mètres et une corniche de sept centimètres détachent les cloisons du plan du toit, permettant à la lumière et aux perspectives de circuler librement d'un espace à l'autre.

« Nous voulions une maison baignée de lumière, mais sans les rayons directs du soleil », explique Chrétien. « Les avant-toits font tout le travail : ils filtrent la lumière estivale tout en laissant entrer le soleil bas de l’hiver. »

Le choix des matériaux renforce cette rigueur par une palette à la fois sobre et très spécifique. À l'intérieur, l'épinette sélectionnée, provenant des forêts du nord du Québec, confère une chaleur homogène aux espaces de vie. À l'extérieur, les matériaux sont utilisés selon leur fonction : le cèdre rouge s'exprime dans les éléments structuraux principaux, tandis que le cèdre blanc, traité avec un accélérateur de vieillissement, habille l'enveloppe du bâtiment et acquiert rapidement une patine au fil du temps.

Les menuiseries sur mesure et les éléments de décoration intérieure — des panneaux de verre encadrés de bois à la bibliothèque intégrée qui encadre le téléviseur — oscillent entre robustesse et délicatesse. Contrastant avec les surfaces plus claires du plâtre et de la laque, ces éléments affirment un langage stylistique où le bois reste prédominant sans jamais alourdir l'espace.

À l’image du projet dans son ensemble, ces détails révèlent un subtil équilibre entre ancrage et légèreté. Perchée se fait l’observatoire silencieux de la forêt – une maison qui trouve son équilibre non pas en corrigeant la pente, mais en l’habitant.

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Crédit photo : Ian Balmorel