Patriarche s’installe à Montréal: rencontre avec Jean-Loup Patriarche

Suite à sa fusion avec Parka architecture en octobre, Patriarche, déjà implanté à Paris, Lyon, Bordeaux, Chambéry et Bâle, inaugurera bientôt son nouveau bureau dans le Vieux-Port de Montréal. Index-Design s’entretient avec le président de l’agence: l’architecte et pilote d’avion qui vole encore vers de nouveaux horizons.

ID/ Qu’est-ce qui vous inspire au Québec?

JLP/ D’une part, c’est la nature, la force de la nature; la force du fleuve et sa séquence notamment qui m’inspire. D’autre part, ce sont les qualités humaines des Québécois en général. L’architecture et l’urbanisme de Patriarche s’appuient à la fois sur le lieu et sur les humains. Nous concevons une architecture qui se donne à vivre, donc les êtres humains sont au centre de nos projets et la qualité de ces humains est importante. On ne peut pas tout expliquer, mais il y a de bonnes ondes qui sont attachées à la qualité de la nature et des gens du Québec. Le Québec est un morceau d’Amérique amical.

Jean-Loup Patriarche

ID/ Quel parcours vous a amené jusqu’à Montréal?

JLP/ J’ai visité le Québec pour la première fois en juillet 1992 avec ma famille. Ce voyage ne nous a que donné envie de revenir. On est resté un moment sur le Plateau Mont-Royal. Je venais assez souvent et j’ai appris à vivre le Québec.

Depuis 2007, j’ai travaillé sur des projets ici. Le premier a été le laboratoire pharmaceutique Boiron à Saint-Bruno-de-Montarville. J’ai ensuite travaillé un petit peu à Victoriaville, à Québec, en partenariat avec d’autres bureaux. En 2011, j’ai réalisé la formation pour intégrer l’Ordre des Architectes du Québec. Le projet québécois était en veille, jusqu’à ce qu’on mette les bouchées doubles pour s’installer réellement aujourd’hui.

ID/ Que pensez-vous de l’architecture à Montréal et au Québec? 

JLP/ Il y a du bon et du mauvais. J’ai l’impression que certains projets sont réalisés uniquement pour des raisons commerciales et pas nécessairement pour la qualité architecturale. Il y a aussi des petits bijoux d’architecture par des architectes et des designers d’intérieur très talentueux! Parfois c’est très chaleureux à l’intérieur et pas toujours réussi à l’extérieur. Sans doute par la faute de promoteurs financiers qui n’ont qu’un but. On sait pourtant qu’un projet chaleureux, lumineux, esthétique et pratique est au final moins cher et mieux utilisé qu’un bâtiment sombre et triste à mourir! 

ID/ Que souhaitez-vous apporter à la scène du design québécoise?

JLP/ Nous amenons avec nous notre approche de l’architecture augmentée : c’est de sortir des limites, du cadre, où il n’y a pas uniquement un client et un architecte. Nous devons tous travailler ensemble, sans silo étanche, avec l’architecture comme soucis principal: une architecture de qualité qui répond à un usage et s’intègre harmonieusement dans son milieu.

L’architecture augmentée est partie pour nous du fait qu’en France les grands groupes ont la main mise sur les projets. Ils sont constructeurs et propriétaires. L’architecture n’est pas leur priorité au contraire des bénéfices. L’idée derrière l’architecture augmentée est de se placer en contrepoids de ces gros groupes avec la qualité de l’architecture comme priorité.

Y a-t-il un élément signature qu’on risque de retrouver maintenant dans vos projets sur le continent américain?

JLP/ Notre signature, ça va être de privilégier l’usage sur l’image. Le bien-être de l’utilisateur prime sur le bien-paraître, qu’il soit question de patients dans un hôpital, d’enfants à l’école ou de sportif dans un aréna. Nous souhaitons aussi que l’intégration dans la ville ne fasse pas injure à l’environnement ou au futur. Nous ne faisons pas des propositions à la mode, puisque la mode se démode.

ID/ Si vous pouviez réaliser votre projet de rêve en Amérique du Nord, en quoi consisterait-il?

JLP/ Peut-être une jolie tour très esthétique sur le bord du St-Laurent ou une maison au bord d’un lac.  Il y a de l’intérêt dans tous les projets, peu importe l’envergure, et les étendues d’eau m’intéressent beaucoup. Elles tracent une ligne horizontale dans des paysages parfois compliqués. Ça a un effet très apaisant.

Je suis pilote en France et pilote de brousse au Québec. J’ai construit la base Hydravion Aventure à Saint-Étienne-des-Grès, et au-delà de la construction, j’adore piloter au-dessus des lacs du Québec! 

ID/ Parmi les projets à venir chez Patriarche, lesquels vous enthousiasment le plus? 

JLP/ Je suis en train de dessiner des bâtiments flottants sur le port de Bordeaux. Il s’agit d’un tout petit projet! Le réchauffement climatique et la montée des eaux nous ont poussés à nous intéresser aux bâtiments flottants: des habitats complètement décalés.

Personnellement, ce qui me plait le plus c’est le projet de la semaine prochaine que je ne connais pas encore et qui va me permettre de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux défis et des solutions nouvelles.

Je suis de la génération qui ont vu Neil poser un pied sur la lune, donc forcément j’ai la tête en l’air un peu, en tant que pilote et en tant qu’architecte!

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