Marie-Ève Parent : « L’idée était d’en faire un lieu qui affirme sa propre théâtralité »

Marie-Ève Parent : « L’idée était d’en faire un lieu qui affirme sa propre théâtralité »

Marie-Ève Parent discute des intentions de l’équipe Lemay derrière la conception du théâtre de Verdure, un amphithéâtre conçu en continuité avec le paysage existant. 

Le théâtre de la Verdure, un amphithéâtre naturel intégré au parc La Fontaine à Montréal, exprime une symbiose entre architecture et paysage, permettant ainsi une synergie entre le théâtre et le parc. Mené par l’équipe Lemay, le projet a été récompensé le 25 juin dernier au AZ Awards 2021, remportant ainsi le prix du public dans la catégorie conception non – bâti.

Marie-Ève Parent, chef d'équipe du projet, répond aux questions d'Index-Design sur le théâtre de Verdure et le processus de création. 

ID/ Quelles étaient vos intentions tout au long du processus de création du Théâtre de Verdure ?

Marie-Ève Parent, Architecte paysagiste, AAPQ, Associée, Directrice de conception chez Lemay

Nous voulions redonner vie à ce joyau du parc La Fontaine. Le théâtre a accueilli d’innombrables spectacles depuis son inauguration en 1956, mais il était fermé depuis quelques années en raison de la vétusté des installations. Notre vision était de créer un espace stimulant, ouvert et accessible à tous. La nouvelle version du théâtre permet de démocratiser le lieu en l’ouvrant sur le parc pour le rendre plus perméable et plus sécuritaire, même lorsqu’il n’est pas utilisé en mode spectacle. Nous avons aussi cherché à préserver l’esprit du lieu en tirant avantage de l’emplacement unique du théâtre qui s’élève sur une petite île en marge du bassin, à proximité de la fontaine qui sera bientôt restaurée. Le nouveau théâtre de Verdure met en scène le paysage en agissant à la fois comme spectacle et spectateur du site magnifique qu’il occupe au cœur du parc La Fontaine.

ID/ Que voulez-vous transmettre à travers ce projet ?

Tout au long du projet, nous avions à cœur de réaffirmer l’identité patrimoniale du théâtre. Nous avons donc pris soin d’élaborer de nouvelles interventions compatibles avec la mémoire du lieu. Tout en faisant preuve d’audace à certains égards, notre processus de conception a pris en compte les intentions du design initial pour s’assurer de préserver le caractère d’origine. En misant sur des lignes géométriques épurées et une approche toute en simplicité, sans frivolités, nous avons fait en sorte que l’architecture soit en symbiose avec le paysage afin que le résultat s’intègre harmonieusement au site. Il était également important pour nous que l’architecture vienne soutenir l’activité théâtrale tout en contribuant à l’expérience globale des usagers du parc. La réhabilitation du théâtre représente donc beaucoup plus que la réalisation d’un équipement scénographique. L’idée, c’était d’en faire un nouveau lieu, un lieu qui affirme sa propre théâtralité tout en permettant aux usagers de redécouvrir tant le théâtre de Verdure que le parc et le bassin qui l’entoure.

ID/ Comment le théâtre s’intègre-t-il dans son environnement ?

Pour mener à bien ce projet, nous avons pris en compte les orientations développées dans le plan directeur réalisé par la Ville de Montréal, c’est ce qui nous a permis d’assurer la cohérence et la pertinence de notre intervention architecturale, puisque le résultat est arrimé à une vision d’ensemble. Le projet s’inscrit également dans une vision plus large où l’aménagement a été conçu en continuité avec le paysage existant duquel il tire ses sources et son caractère. On se retrouve donc au cœur d’un environnement où le paysage et l’architecture coexistent harmonieusement. Étant donné que le site avait été laissé à lui-même pendant plusieurs années, il a fallu remédier à la présence d’une croissance végétale imposante qui réduisait grandement la perméabilité visuelle du lieu. Le nouveau concept végétal a donc été conçu pour former un écrin et non un écran au théâtre. La strate arborescente est préservée et les massifs arbustifs sont remplacés par des couverts herbacés. C’est une approche qui permet de rétablir les liens visuels du parc vers le théâtre et vice versa.

ID/ Quelle était la réflexion derrière le choix des matériaux ?

Notre intention était de préserver le lien avec l’ère moderne de l’architecture d’origine. Nous avons donc mis de l’avant une tonalité d’ensemble de couleur de gris pâle qui fait écho à cette époque. Nous avons aussi introduit de nouveaux éléments qui arborent une matérialité noble et durable, tout en nous assurant de bien doser ces ajouts afin qu’ils soient en parfaite symbiose avec le paysage. Nous avons également misé sur la dématérialisation de l’enveloppe du théâtre en combinaison avec l’ajout d’une végétation grimpante afin que l’élément théâtral se fusionne au paysage. Notre choix de matériaux s’étend du plus pittoresque, comme la pierre naturelle, au plus moderne, comme le béton ou l’acier. D’ailleurs, nous avons récupéré la pierre naturelle des bâtiments existants par souci écologique. Toujours dans l’idée de rappeler la facture de l’ère moderne, la conception des bancs des gradins a été entièrement revue afin de reproduire les conditions des années 50 en y réintroduisant le platelage de bois. Cette solution permet aussi d’assurer un meilleur confort et une meilleure intégration au paysage.

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Consultez le projet dans son intégralité.