Eric Pelletier: « La meilleure arme contre la crise climatique est la prise de conscience »

Eric Pelletier: « La meilleure arme contre la crise climatique est la prise de conscience »

L'architecte Eric Pelletier, associé principal chez Lemay, s'entretient avec Index-Design sur les notions de conscience et de responsabilité face à la crise climatique.

ID/ Selon vous, à quelle étape de sa pratique l'architecte peut-il avoir le plus d’impact positif pour le climat?

Éric pelletier, 

Architecte, MIRAQ, OAQ, Associé principal Conception, DESIGN PRINCIPAL

À toutes les étapes, dès l’université je dirais. La meilleure arme contre la crise climatique est la prise de conscience du problème. L’université permet aux étudiants de se familiariser avec les stratégies pouvant être mises en place. Par la suite, tout au long de sa carrière, on se doit de prendre conscience de notre rôle et agir de manière responsable. Comme architecte, nous avons une immense responsabilité. Nous intervenons dans notre environnement, nous construisons, laissant des traces plus que tangibles, alors on se doit en premier lieu de bien construire, de faire de la qualité. Notre rôle en tant que professionnel est de prendre conscience de notre responsabilité, car c’est en prenant conscience qu’on peut alors mesurer la portée de nos gestes.

ID/ Comment pouvons-nous donner une plus grande place à l’architecture durable?  

Tout ce qu’on fait en ce moment va être jugé sévèrement dans 50 ans. Les générations futures vont faire face à des défis environnementaux que nous ne connaissons pas encore et elles vont se demander pourquoi nous n’avons pas construit en conséquence. C’est le propre de chaque génération. Nous-mêmes jugeons parfois ce qui a été construit dans les années 50 et 60. Pourtant, ils ont a fait du mieux qu’ils pouvaient à l’époque, en innovant et en faisant des projets magnifiques. Plus on est responsable des gestes que l’on pose, meilleur sera le projet

Les choses ont beaucoup changé depuis les années 50 et 60. On est maintenant beaucoup plus connecté sur le monde et ce qui se passe à l’international. Quand on est aussi connecté, on ne peut plus dire qu’on ne savait pas. On a plus le droit d’ignorer le problème. Notre rôle est de changer les choses et de transformer la vision de nos clients.

Le Grand Théâtre de Québec / Photo: Stéphane Groleau

LE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC / PHOTO: STÉPHANE GROLEAU

Il faut aussi bien construire, ce qui est encore plus large parce que la notion du «bien » est toujours vague… Une bonne architecture, c’est une architecture de qualité qui perdure dans le temps. Si les bâtiments sont de qualité, alors on cherche à en prendre soin pour les préserver. Le Grand Théâtre de Québec est un bon exemple. Il y avait une problématique à résoudre, ce qu’on a fait en préservant l’intégralité du bâtiment.

ID/ Une réalisation qui vous rend particulièrement fier?

La bibliothèque du Boisé inaugurée en 2013 demeure un projet qui nous aura beaucoup appris. Grâce à la collaboration de tous les intervenants, nous avons réussi à livrer un projet qui a dépassé les attentes en matière de stratégies durables, et ce dans le budget initialement prévu. Chaque petit geste en architecture compte. La bibliothèque de Charlesbourg possède un immense toit végétal, un système géothermique important, et n’est pas certifiée, cela demeure un apprentissage au quotidien. Ce qui a été développé en 2004 à Charlesbourg se retrouve à Du Boisé, et ce que nous avons appris à Du Boisé se retrouve dans des projets en cours ce qui poussent encore plus loin notre réflexion.

 

La bibliothèque du Boisé / PHOTO: David Boyer

La bibliothèque de Charlesbourg / Photo: Bernard Fougères

LA BIBLIOTHÈQUE DE CHARLESBOURG / PHOTO: BERNARD FOUGÈRES

ID/ Quelque-chose qu'il ne faudrait jamais oublier pour concevoir un projet durable?

La notion du geste juste. On doit mesurer nos gestes et agir avec retenue. Je suis toujours critique quand je vois des projets hyper complexes aux structures impossibles, car ce sont de petits gestes qui nous permettent d’avancer. Plus c’est facile à installer, plus c’est facile à opérer. On peut se critiquer d’avoir fait des trucs trop sophistiqués, trop compliqués et trop intenses. Il est possible de construire de grands bâtiments avec une simplicité qui aurait un impact environnemental moindre et qui serait plus confortable pour tous.

ID/ Par quoi commence l'architecture responsable ?

Je crois qu’on doit réfléchir globalement à tous les niveaux : matérialité, systèmes, qualité de l’architecture, intégration de la végétation, réduction des déchets de construction, etc.

C’est tout le projet que nous devons repenser en matière de responsabilité environnementale. Il y a tant de systèmes simples d’opération qui existent, mais que nos manières de faire si rigides rebutent.  La fenêtre, par exemple, c’est si simple de l’ouvrir pour ventiler une pièce…

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Photo de couverture: La bibliothèque du Boisé / © David Boyer