RDV par Patrick G. Nadeau : cultiver l’inhabituel

Le tout récent salon de coiffure RDV par Patrick G. Nadeau signé Raphaëlle Parenteau détourne plusieurs codes établis. Qu'il s'agisse de son lieu d’implantation, une ancienne usine Lester’s située dans une arrière-cour du boulevard Saint-Laurent, ou bien de son aménagement intérieur minimaliste, ce projet sort résolument des sentiers battus. Portrait d’une réalisation atypique qui porte un regard sensible sur notre rapport aux environnements construits.

Une approche conceptuelle intuitive

Si ce projet n’entre pas dans un cadre standard, c’est d’abord parce qu’il a été abordé de façon intuitive par sa conceptrice. Démarrant essentiellement du client, l’artiste-coiffeur Patrick G. Nadeau, l’approche conceptuelle visait une retranscription de l’univers singulier et unique de ce dernier. 

« C’est vraiment Patrick qui m’a inspirée pour le projet. Il n’y a pas eu de directives précises par rapport aux visées du projet. L’idée était de représenter son univers, de construire une coquille autour de lui, son habitat en quelque sorte», explique la designer du projet, Raphaëlle Parenteau. 

Crédit : Frédéric Bouchard 

En affiliation directe avec le travail et la personnalité du client, les notions d'avant-gardisme, de précision et d'authenticité se sont donc retrouvées naturellement à la base du concept du salon.  La volonté d’éviter le superflu et les artifices a également orienté le développement du design du projet.

« Il a rapidement été important pour nous de se débarrasser de tout ce qui était lieu commun, de tout ce qui était clinquant et qui appartenait aux standards de beauté plus traditionnels. Ça ne collait pas à Patrick de toute façon, c’est quelqu’un d’exception et le lieu devait traduire ça », soutient la conceptrice.

Défis et potentiel

De l’extérieur, le lieu d’implantation du salon suscite l'étonnement. Situé en retrait du boulevard Saint-Laurent et accessible par une cour, le salon présente, à prime abord, une carapace singulière, voire dramatique. L’entrée, installée sur un ancien quai de débarquement, participe à l’expression de la forte identité du projet.

« C’est l’incongruité du lieu qui nous a séduit quand on a visité le local. À partir de là, on avait déjà un canevas idéal pour développer le projet », raconte Raphaëlle Parenteau.

L’exiguïté des deux niveaux de l’espace intérieur, son aspect brut et le faible apport en lumière naturelle représentaient aussi des défis d’aménagement, mais la designer les a plutôt perçu comme une occassion de créer un lieu à l'ambiance unique. 

« Les défis du local, on les a vu dès le début comme des opportunités parce que ça collait au client », ajoute la conceptrice du projet. 

Mobilier, traitements et matières

C’est donc à partir des attributs d’origine du local que la designer a développé un langage spatial engageant où cohabitent différentes textures, formes et éléments de mobilier. Surfaces granuleuses, lisses, mattes et patinées font résonner une forte impression tactile dans le lieu.

Les pièces de mobilier créées sur-mesure découlent d’une recherche exploratoire élaborée tant au niveau formel que matériel. C’est pourquoi elles on été traitées d'une façon plus inédite, à partir, par exemple, de caoutchouc, de mdf teint ou bien de bois brûlé. Le développement du mobilier répond également à une volonté de dissimuler le plus possible les équipements pour laisser parler pleinement les formes et les matières naturelles peu modifiées. Cette démarche a demandé une ouverture et un travail de précision de la part des sous-traitants ayant participé au projet. 

« Il a été fondamental de travailler avec des collaborateurs qui allaient être prêts à nous suivre dans notre volonté d’explorer et d’emprunter des avenues moins conventionnelles », explique Raphaëlle Parenteau. Tous les éléments présents, que ce soit la structure métallique avec les miroirs, les pièces de mobilier ou bien le garde-corps de métal se prolongeant sur les deux étages, représentent un travail minutieux et un niveau de détail élevé. »

Ce projet fait résonner la pertinence de concevoir les lieux quotidiens différemment et la valeur d’un  processus de design plus exploratoire.  

« Le caractère expérimental est ce qui fait la plus-value du projet, parce que les éléments conçus sont complètement exclusifs et ils font maintenant partie intégrante de la signature de RDV », conclut Raphaëlle Parenteau.  

 

Collaborateurs

Québécon : Entrepreneur général

Marie-Ève Labelle : dessins techniques

Marianne Kettenbeil-Côté : couturière (rideau de cuir, coussins des bancs)

L'Autre Atelier : pièces d'ébénisterie artisanales (mur courbe, bancs mdf, banquettes en contreplaqué et bois brulé, présentoir recouvert de caoutchouc).

Varlope et Métal-éléments en acier (structure avec miroirs, garde-corps, escaliers intérieur et extérieur)

 

Crédit photo d'ouverture : Frédéric Bouchard

comments powered by Disqus