
Les clients possédaient cette maison depuis plusieurs années lorsque le projet a été envisagé, d’abord sous la forme d’un simple échange d’idées. Elle, art-thérapeute, travaille avec le corps, le geste et l’émotion comme matière première. Lui, gestionnaire de programmes sociaux, évolue dans la mise en place de structures humaines durables, attentif aux équilibres et aux usages. Leur parcours international a accumulé des fragments de cultures, de couleurs et de spatialités, et Montréal s’est imposée comme un retour choisi : se rapprocher de la famille et offrir un ancrage stable à leurs deux enfants, tout en conservant l’ouverture acquise par le voyage.
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Ce qui devait être une réflexion ponctuelle est devenu une rénovation d’envergure, pensée dans le temps. La maison a progressivement fonctionné comme un laboratoire sensible : dessins sur les murs, œuvres familiales et gestes spontanés inscrivant l’identité de la famille dans l’espace. L’objectif était clair : créer un lieu unique, loin des images standardisées, fidèle à la personnalité des habitants, à leur goût pour la couleur, les environnements théâtraux et la vie domestique vivante.

L’architecture existante, typique d’Outremont, avec ses boiseries chaleureuses, son escalier central et ses proportions généreuses, a servi de point de départ. L’intervention n’a pas cherché à transformer radicalement, mais à dialoguer avec l’existant, en conservant le cachet et la profondeur des matériaux tout en introduisant une écriture contemporaine et maîtrisée.
L’escalier central a été préservé comme point d’équilibre entre passé et présent, tandis que les nouvelles interventions prolongent l’architecture plutôt que de la remplacer. Cadres de portes arrondis, fenêtres redessinées et ouvertures inédites apportent fluidité et douceur aux transitions, transformant la maison en palimpseste où chaque geste architectural révèle une nouvelle couche sans effacer l’histoire précédente.
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La conception architecturale s’articule autour des usages familiaux et de la multiplicité des fonctions contemporaines. Un espace dédié à l’art-thérapie s’intègre harmonieusement au parcours domestique, tandis qu’un bureau à l’étage offre un lieu de concentration et de retrait. Chaque pièce répond aux besoins spécifiques de ses occupants, l’ébénisterie intégrée servant d’outil principal pour structurer les fonctions, remplacer les cloisons traditionnelles et offrir des solutions sur mesure. Les portes vitrées ouvragées, portes pleines sur mesure et penderies à persiennes, développées avec des artisans locaux, apportent une signature forte et durable.

Le rythme de la maison varie selon les zones : salle d’eau « all in » aux camaïeux de rose inspirés de l’univers de Wes Anderson, espaces pour enfants dynamiques et colorés, et ailes parentales plus calmes et sensuelles, où chambre et salle de bain dialoguent dans une atmosphère feutrée. La matérialité se déploie en superpositions subtiles : une couleur de base chaude, bois conservés et mis en valeur, bois laqués brossés, laques uniformes, marbre Botticino Fiorito et travertin au sol. La peinture à la chaux, aux nuances variées, dialogue avec les éléments sculpturaux et décoratifs, évoquant voyages et éclectisme.


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La courbe devient motif récurrent : îlot de cuisine aux lignes adoucies, cadres de portes et salles de bain, répétant un langage fluide qui traverse la maison sans la figer. Les détails, comme le parquet de chêne blanc encadré par un carrelage faisant écho à la cuisine ou la petite tuile marquant la transition bois/céramique, créent un fil conducteur discret. Les luminaires, conçus comme de petits points de lumière, révèlent textures et matières. Chaque geste, matériau et détail participe à une composition sensible, cohérente et profondément humaine.
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Ce projet illustre avant tout une histoire de liens, entre la famille et sa maison, entre passé et présent, entre architecture et artisanat, offrant un lieu capable d’évoluer et de s’enrichir avec le temps, tout en conservant son âme.
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Crédit photos : Maxime Brouillet





