Repenser le CHSLD pour le bien-être: Centre d'hébergement Saint-Joseph de Lévis

Cette période de crise sanitaire ramène à l’avant-plan l’importance du design au sein des établissements de vie des aînés et des personnes en perte d’autonomie. Le défi est de faire évoluer le bien-être des résidents, tout en facilitant le travail des employés soignants en CHSLD. Humà design + architecture, en consortium avec Régis Côté et associés, proposent avec un projet intégré au développement immobilier UMANO de prioriser l’humain.

L’enjeu de la propagation de virus dans des milieux vulnérables tels que les CHSLD est maintenant sur toutes les lèvres. Ce n’est pas le seul. Assurer le bien-être physique, mais aussi mental des personnes vivant ou travaillant dans ces milieux est primordial.

«Nous souhaitons créer des milieux qui encouragent la vie. Pas seulement des milieux médicaux institutionnalisés pensés pour que les soins soient plus faciles à prodiguer. Il faut donc décloisonner ces endroits, avec toujours, et plus encore maintenant, le souci de contrôler l’espace pour empêcher la transmission de maladies ou de virus», dit Stéphanie Cardinal, architecte et présidente de Humà design + architecture.

Magalie LAfleur

Vers un décloisonnement contrôlé

Humà design + architecture soutient la nécessité de comprendre le fonctionnement du cerveau et des connexions que celui-ci fait avec son environnement pour concevoir des aménagements au service de l’humain.

«Nous voulons offrir un environnement qui sera bénéfique aux occupants, mais aussi aux employés tout en rendant les lieux pratiques et harmonieux», indique Magalie Lafleur, designer d’intérieur de Humà design + architecture.

Stéphanie Cardinal

Maintenant qu’une crise sanitaire nous secoue, qu’est-ce qui va changer? Stéphanie Cardinal indique qu’on s’en allait vers un décloisonnement: «Avec des espaces communs plus ouverts pour accueillir pour les familles, les petits-enfants… Maintenant, il faut travailler sur les espaces de seuil et de transition. Il est à prévoir que les entrées des établissements seront équipées d’appareils électroniques qui prendront la température des visiteurs, par exemple. Des postes de garde assurant la sécurité demeurent incontournables. Même si on souhaite un décloisonnement, il va falloir assurer une grande protection aux employés et aux résidents», explique l’architecte.

Représentation d'un poste de garde

L’intégration des technologies au coeur du fonctionnement des bâtiments de soin aide grandement les concepteurs à répondre aux enjeux, qu’ils soient sécuritaires ou thérapeutiques.

Dans le Centre d'hébergement Saint-Joseph, plusieurs espaces sont équipés pour que les employés puissent effectuer des rencontres de suivi médical avec les patients. Ailleurs, une présence sonore crée des ambiances agréables, par exemple, dans la salle à manger pendant les repas. Des salles sensorielles de type Snoezelen, équipées pour réaliser des projections apaisantes, sont aussi envisagées. 

Interventions graphiques et artistiques dans l’espace

Lorelei L’Affeter

La matérialité et le design intérieur ont été conçus afin de rappeler un environnement résidentiel, ce qui a pour effet d’apaiser l’esprit des résidents. En utilisant des textures, des couleurs, des teintes et des murales, les concepteurs ont embelli l'espace et y ont intégré des points de repère qui permettent de se retrouver dans le bâtiment.

L'art et les interventions graphiques, à l'intérieur comme à l'extérieur sont stimulants d'un point de vue cognitif. Elles permettent aussi une appropriation de l'espace.

«L’art est employé pour deux raisons principales. En général au coeur des espaces communs, des créations d’artistes locaux ajoutent cette impression d’être dans une maison. De manière plus fonctionnelle, des murales prothétiques dans l’aile des soins permettent de stimuler les capacités restantes des patients. L’art prothétique c’est un art qui essaie de soigner. Ces murales permettent de stimuler la lecture ou le toucher, par exemple», précise Lorelei L’Affeter, directrice artistique de Humà design + architecture.

Environnement naturel, réel ou imaginaire

Le Centre d’hébergement est intégré au projet de développement immobilier UMANO.

Son implantation a été réfléchie dans la poursuite du plan directeur du projet afin de décloisonner le Centre qui occupe une place importante dans ce nouvel écosystème.

Les environnements intérieurs ont aussi été pensés en continuité visuelle avec l’extérieur. «C’est comme un souffle positif pour les résidents qui n’ont pas toujours accès à l’extérieur de manière physique. Beaucoup de personnes âgées ont été en contact avec la terre au début de leur vie, et ce contact demeure important. Pour certains résidents qui peuvent sortir, il est essentiel de regarder la nature évoluer dans des jardins bien ombragés. Dans le futur, nous prévoyons que le contact avec l’extérieur aura un effet très thérapeutique», dit Stéphanie Cardinal.

La technologie peut également jouer un rôle important dans cette sphère alors qu’on peut imaginer des jardins virtuels projetés dans des espaces dédiés. 

Espaces communs stimulants et invitants

Au rez-de-chaussée, l’idée est de permettre le partage de l’espace avec les visiteurs qui sont fiers de présenter les lieux et de pouvoir recevoir leurs proches.

Les concepteurs ont dégagé un axe central au rez-de-chaussée agissant comme la rue principale d’un petit village. L’axe permet de clarifier la hiérarchie entre les entrées, les accès véhiculaires ainsi que le lien avec la résidence pour aînés située sur le même terrain. Parmi plusieurs salons, espaces de détente, salles familiales et jardins, c’est le salon de coiffure qui est névralgique à l’environnement partagé. Une grande attention y a été portée au niveau du design, avec notamment le motif terrazzo du plancher et le mobilier minimaliste.

Représentation du salon de coiffureDescription

Espaces privés intimes et sécuritaires

Par ailleurs, les soins médicaux nécessaires sont bien différents d’un patient à l’autre. Le Centre d'hébergement Saint-Joseph de Lévis a ainsi été pensé en termes de maisonnées regroupant les personnes en fonction de leurs besoins respectifs.

Comme l’expliquent les concepteurs, le mot d’ordre est la flexibilité, puisque les besoins de la clientèle varient largement et que chaque résident verra également ses besoins évoluer. Les chambres présentent ainsi plusieurs configurations différentes et à chaque étage sont aménagés des salles à manger et des espaces communs.

«Pour les gens en perte d’autonomie mobile, tout doit être rapproché, alors qu’au contraire pour les gens en pertes cognitives, il est important de pouvoir déambuler dans l’espace», dit Stéphanie Cardinal.

Tous les résidents possèdent une chambre et une salle de bain privées, aménagées pour pouvoir recevoir des soins. Les chambres possèdent leur propre seuil de propriété et divers objets pouvant être personnalisés. Chaque entrée est équipée d’un caisson avec une photo ainsi qu’un objet représentant l’occupant afin que ce soit l’être humain et non le numéro qui soit mis de l’avant.

Représentation du seuil à l'entrée de chaque chambre

 

Images: Humà design + architecture.
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