L’essor du bois brûlé

Issu d’une vieille tradition japonaise, le bois brûlé jouit actuellement d’une grande popularité en Amérique du Nord. Écologique et durable, il procure aussi richesse et élégance aux projets architecturaux.

La légende veut que les revêtements en bois carbonisé aient été découverts au Japon durant l’ère Edo. De nombreux villages étant la proie des flammes à cette époque, un homme aurait un jour décidé de construire sa maison en bois brûlé pour qu’elle résiste plus longtemps au feu en cas d’incendie. Il aurait ensuite découvert que ce matériau avait aussi comme avantage de pourrir moins vite. Ainsi est née la technique du shou-sugi-ban.

Le processus est simple. Les planches de bois sont d’abord sablées, puis brûlées en surface. Elles sont par la suite brossées, lavées et mises à sécher. Une fois les planches prêtes, on peut leur appliquer une huile naturelle ou les laisser telles quelles. On appelle le produit fini yakisugi (yaki = brûlé, sugi = cèdre). Le peu de ressources utilisées dans sa fabrication (hormis le feu) et l’absence de produits chimiques, peintures ou teintures en font un matériau particulièrement écologique.

Très utilisé au Japon pendant plusieurs centaines d’années, le yakisugi est pratiquement délaissé après la Seconde Guerre mondiale alors que d’autres matériaux de construction font leur apparition sur le marché. Au même moment, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, la Suisse, la Norvège et la Suède, le découvrent. L’engouement pour ce produit en Amérique du Nord est, quant à lui, tout récent.

Un matériau très résistant

Daniel Bellerose, de l’entreprise Arbres et Bois, est le premier à avoir offert le bois brûlé au Québec. Il avait entendu parler du shou-sugi-ban pendant ses études universitaires, mais ce n’est qu’à la suite de la demande d’un client pour un bois sans entretien qu’il décide de se rendre au Japon pour en apprendre davantage sur le produit. Selon lui, la quasi absence d’entretien et la durabilité constituent les principaux avantages de ce matériau. Utilisé comme revêtement extérieur ou comme clôture, il peut durer jusqu’à 80 ans avec un minimum de soins (il est conseillé de le huiler aux 10 à 15 ans pour qu’il conserve sa riche couleur noire). Sa longévité compense d’ailleurs pour son prix un peu plus élevé, qui varie entre 5$ et 8$ le pied carré.

On attribue au bois brûlé de nombreuses autres qualités : imperméable et anti-moisissure, résistant au feu et aux insectes, ainsi qu’aux rayons UV. Daniel Bellerose explique que le carbonisé est « comme une peau morte qui protège le bois ». Un effet protecteur que confirme Guillaume G-Ouellet, de la compagnie Bois brûlé. Voulant tester ses divers finis, du moins brûlé au plus calciné, il a demandé à une entreprise spécialisée de les mettre à rude épreuve en les trempant notamment dans l’eau et en les soumettant à des rayons UV. Le bois qui a le mieux réagi s’est avéré être son modèle le plus carbonisé : le crocodile. « À travers le temps, à travers l’eau, à travers l’ensoleillement, il a gardé toute sa splendeur ! »

Un bois à l’aspect élégant et épuré

En dehors de ses aspects pratiques, le bois le plus noirci est aussi celui qui suscite le plus d’intérêt esthétique du côté des designers et architectes, principaux clients pour ce produit. Les meilleurs vendeurs de Guillaume G-Ouellet sont le crocodile, le guépard et surtout, le jaguar, « parce qu’il est noir, très épuré, élégant. Le noir est très tendance actuellement ».

bois brulé

Daniel Bellerose a également travaillé avec de nombreux bureaux d’architectes, notamment ceux qui sont certifiés LEED. Il a récemment fourni du bois pour une résidence dans Rosemont signée naturehumaine et travaille présentement sur une maison à Sutton réalisée par l’Atelier Pierre Thibault. Le futur complexe résidentiel Elää, conçu par Kanva architecture, sera aussi recouvert de ce matériau.

Signe de l’enthousiasme pour le produit, l’entreprise Unik Parquet s’est elle aussi lancée dans l’aventure et offre depuis quelques mois les 40 choix de bois brûlé de la marque américaine reSAWN TIMBER. Son président Philippe Pilon confirme que les teintes foncées ont la cote, mais remarque que certaines couleurs plus inusitées attirent aussi l’attention des designers pour des revêtements intérieurs.

bois brûlé

Le yakisugi semble avoir un bel avenir devant lui. Daniel Bellerose compare l’essor de ce matériau à la découverte il y a plusieurs années de la cuisine japonaise en Amérique du Nord. « C’est un peu le sushi de l’architecture : ça va rester comme tendance, mais il y a un gros boom en ce moment ! »

Source photo d’ouverture : Decoist

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