La 27 édition du Festival international de jardins se transforme tout au long de l’été

La 27 édition du Festival international de jardins se transforme tout au long de l’été

La 27e édition du Festival international de jardins est ouverte au public jusqu’au 4 octobre 2026. Sous le thème Cartographier le sensible, Ève De Garie-Lamanque, directrice artistique, a invité concepteurs et conceptrices de tous horizons à concevoir un jardin en adoptant une approche sensible, fondamentalement inclusive et relationnelle. 

« Cette 27e édition confirme, une fois de plus, la place unique qu’occupe le Festival international de jardins sur la scène de la création contemporaine. Recevoir 204 propositions en provenance de 29 pays témoigne du rayonnement du Festival et de l’intérêt qu’il suscite auprès de créateurs et créatrices du monde entier. Mais ce qui nous réjouit particulièrement, c’est de voir ces projets prendre vie et se transformer tout au long de l’été. À mesure que les plantes poussent, que les matières évoluent et que la lumière change, les jardins se révèlent autrement à chaque visite. C’est un véritable ravissement de voir des visiteurs et visiteuses de tous âges se laisser surprendre, jouer, contempler, toucher et habiter ces créations. C’est cette rencontre entre l’exigence artistique, l’expérimentation et le plaisir de la découverte qui fait, depuis 27 ans, le caractère remarquable du Festival. », souligne Alexander Reford, cofondateur et directeur du Festival international de jardins.

La thématique: Cartographier le sensible

Dans la foulée du cycle thématique triennal amorcé l’an dernier, Cartographier le sensible poursuit la réflexion sur notre rapport à l’espace et, plus largement, au monde. Alors que Frontières focalisait sur les enjeux d’organisation et de représentation de l’espace géographique, soulevant d’emblée des préoccupations d’ordre géopolitique, le thème de cette 27e édition propose un tournant affectif.

Affiche officielle

L’identité visuelle de l’actuel cycle thématique (2025-27) a été confiée au studio de design graphique indépendant bureau60a (QC, Canada)

Il puise son inspiration dans la cartographie sensible qui, bien plus qu’une simple alternative à la cartographie classique, se distingue par sa considération des dimensions subjective et immatérielle d’un lieu. La carte sensible trace ainsi les représentations partagées d’un espace décrit, vécu et ressenti. Elle considère l’expérience réelle qu’ont les usager·ères d’un espace donné et le rapport affectif qu’iels tissent avec lui en tenant compte de facteurs culturels, phénoménologiques, expérientiels, cognitifs et contextuels.

Les Équipes et les projets lauréats 

Again, a Garden

Hugh Taylor | Manitoba, Canada + États-Unis

Again, a Garden prend la forme d’un jardin clos — un pavillon construit en alternant rondins et plaques métalliques — dédié à la culture d’espèces pollinisatrices indigènes. L’installation suit les flux de la vie dans le jardin et son environnement immédiat. Tout en offrant des moments de pause et de réflexion, elle invite les visiteur·euses à percevoir la nature cyclique de la vie — croissance, mort, transformation, et finalement renaissance.

Des arbres tombés sont recueillis dans la forêt entourant les jardins, coupés à des longueurs précises, puis superposés entre des plaques d’aluminium afin de créer une enceinte. Dans ce nouveau jardin clos, ils forment une structure à la fois physique et symbolique qui accueille les visiteur·euses et le vivant végétal.

En son centre, des troncs évidés sont aménagés en espaces de plantation dédiés aux espèces pollinisatrices indigènes ; d’autres se prêtent à l’assise — lieux de pause, de repos et de réflexion. Ici, textures et sensations de vies passées, présentes et futures s’entremêlent. L’installation invite à reconfigurer et à réaccorder nos sensibilités aux flux et aux forces de la vie, dans le jardin et ses environs — un système complet, sans commencement ni fin. 

À l’atteinte de la fin de vie utile du pavillon, les plaques d’aluminium brutes seront recyclées, et les rondins, transformés en bois de chauffage ou en paillis, ou simplement retournés à la forêt — pour se décomposer, nourrir les sols et poursuivre le cycle de la vie.

Bio

Hugh Taylor est un architecte originaire de Winnipeg, au Manitoba. Il est titulaire d’un diplôme en design de l’environnement de l’Université du Manitoba ainsi que d’une maîtrise en architecture, obtenue avec distinction, de l’Université Harvard. Avant de se joindre à la firme AW-ARCH, basée à Cambridge (Massachusetts), il aura notamment travaillé dans les cabinets de 5458796 Architecture, à Winnipeg, et d’Herzog & De Meuron, en Suisse. Dans sa pratique indépendante, il allie précision architecturale et formes naturelles, favorisant une approche sensible et diligente à l’écoute des contextes naturel, urbain et culturel.

 

Frame

Ulli Heckmann | Allemagne + Pays-Bas

Création architecturale inscrite dans le paysage, Frame nous incite à questionner nos expériences spatiale et perceptive — soit la manière dont nous nous percevons nous-mêmes, puis notre environnement, dans une situation donnée.  En nous invitant à découvrir ce qui n’est pas immédiatement visible, Frame encourage l’expérimentation de l’espace architectural ainsi qu’une prise de conscience du corps et de l’environnement.

  Presque tout ce que nous voyons ou ressentons dépend de notre point de vue. Les espaces et les matériaux peuvent altérer notre perception : ils peuvent nous distraire ou, au contraire, favoriser notre concentration. Ils nous invitent à nous attarder et à nous détendre, ou nous placent dans une situation d’inconfort. Certains objets — un banc — instaurent une relation de partage ; d’autres — un trône — consacrent la distinction.

Création architecturale inscrite dans le paysage, Frame nous incite à questionner nos expériences spatiale et perceptive — soit la manière dont nous nous percevons nous-mêmes, puis notre environnement, dans une situation donnée.  En nous invitant à découvrir ce qui n’est pas immédiatement visible, Frame encourage l’expérimentation de l’espace architectural ainsi qu’une prise de conscience du corps et de l’environnement.

C’est un lieu à partager et un lieu où se retirer ; un lieu pour discuter et où profiter d’un moment à soi ; un lieu pour contempler le paysage ou simplement sentir le soleil réchauffer notre visage.

 

Bio 

Ulli Heckmann est un architecte allemand établi à Rotterdam, aux Pays-Bas. Il a étudié l’architecture à Bordeaux et à Darmstadt, où il a obtenu son diplôme en 2006. Après avoir travaillé plusieurs années en Allemagne et en France, il a fondé son propre studio d’architecture et de design à Paris en 2013. L’un de ses premiers projets a été une installation réalisée pour le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. En 2020, il a transféré sa pratique aux Pays-Bas. Aujourd’hui, il mène divers projets d’architecture et de design à travers l’Europe, allant du mobilier et de l’aménagement intérieur aux projets résidentiels et aux installations architecturales.

 

Mentho-artemision

Etienne Lapleau | France

Mentho-artemision, à l’instar d’une carte sensible, restitue dans un espace réduit des sensations contrastées habituellement perçues à l’échelle du paysage. En convoquant dans un même espace les milieux de la menthe et de l’armoise, le jardin offre un condensé de perceptions sensibles où les transitions du sec à l’humide sont ressenties par le visiteur à travers la vue, l’odorat et le toucher.

 Les conditions du milieu influencent l’aspect et la composition chimique des plantes. A leur tour, les caractéristiques des plantes influencent notre perception des paysages. Avec son feuillage fin et gris, l’armoise (artemisia) rappelle les endroits secs où elle prospère (la steppe à armoises). La menthe, quant à elle, rappelle les lieux humides qu’elle signe de son parfum. 

À la manière d’une carte sensible, Mentho-artemision condense sur une surface réduite des variations de couleurs et de parfums habituellement perçues à l’échelle du paysage. Une microtopographie, formée de crêtes et de sillons, crée des variations d’humidité et de drainage. Les plantes s’y répartissent graduellement du sec à l’humide, composant un paysage marbré déployant plusieurs dimensions sensorielles – une palette évoluant du gris argenté au vert ; un spectre olfactif allant d’effluves amers à des parfums mentholés. 

Bio 

Etienne Lapleau est paysagiste-concepteur et jardinier. Son travail s’inscrit dans une culture du jardinier botaniste et emprunte aux concepts de jardin sauvage [wild garden] et de jardin naturaliste. Il collabore avec différentes équipes sur des projets de création et de restauration de parcs et jardins en apportant ses compétences en conception des plantations. Ses créations, inspirées des sciences botaniques et de l’observation des milieux naturels, interrogent notre relation aux plantes à travers l’expérience du jardin.

 

Tainai-Meguri

Measured Architecture Inc. + Tomatsu Tongu, Kumpei Wakino | Colombie-Britannique, Canada

Chaque jour, nous naviguons dans l’espace numérique sans le remettre en question, agissant comme si l’écran constituait la réalité elle-même. Pourtant, notre perception du monde et notre sentiment d’exister sont façonnés par des données invisibles et immatérielles. Tainai-Meguri imagine cet espace numérique comme une grotte rendue tangible par une vaste tonnelle. La rencontre de la nature, de l’eau et de la lumière ouvre sur un retour à l’origine — un parcours méditatif où les mondes intérieur et extérieur se dissolvent.

Chaque jour, nous naviguons dans l’espace numérique sans le remettre en question. Nous nous géolocalisons à l’aide de nos téléphones intelligents et agissons comme si l’écran constituait la réalité elle-même. Pourtant, notre perception du monde — et jusqu’à notre sentiment d’exister — est façonnée par une dépendance à des données invisibles et immatérielles.

Tainai-Meguri imagine cet espace numérique caché comme une grotte rendue tangible par une vaste tonnelle de saules. Un portail discret, encadré par une végétation dense, invite les visiteur·euses à s’engager dans un parcours aux formes mouvantes menant à un bassin central en forme de magatama (amulette japonaise ancestrale). Une grille divise le bassin, inscrivant l’unique seuil entre le monde extérieur et une mer intérieure. Des gouttes d’eau tombent de la coupole, dessinant des ondes à la surface du bassin, tandis qu’un puits de lumière orienté vers le nord révèle l’étoile Polaire au-dessus. Dans cette rencontre silencieuse entre la nature, l’eau et la lumière, s’esquisse un retour à l’origine — un parcours méditatif où les mondes intérieur et extérieur se dissolvent. Les visiteurs reprennent le parcours sinueux, et en émergent, revitalisés et transformés, comme au début d’une nouvelle vie.

Bio 

Ce projet regroupe trois concepteurs britanno-colombiens de renom : l’architecte Clinton Cuddington (Measured Architecture Inc.), qui agit d’ailleurs à titre de chef d’équipe; l’architecte paysagiste Tamotsu Tongu (Toko Garden Design); et le paysagiste Kumpei Wakino (Kunon Landscape & Design). Tongu et Wakino incarnent deux générations de paysagistes ayant apporté les savoir-faire japonais au Canada. Leurs jardins incarnent la quintessence de la tradition paysagiste japonaise adaptée au climat et au contexte de la côte ouest canadienne. Détenteur d’une vaste expérience dans la conception et la mise en valeur de bâtiments primés, Cuddington était tout désigné pour réunir et guider cette équipe multidisciplinaire.

Worm’s Eye

Ellen Harris | États-Unis

L’anthropologue et politologue James C. Scott a décrit le regard cartographique « vu d’en haut » comme celui par lequel les États modernes et les multinationales rendent lisibles les territoires et les populations qu’ils contrôlent. Worm’s Eye propose une « architecture de camouflage » qui déjoue cette lisibilité descendante et favorise une compréhension du lieu intime, locale et par nature partielle.

Worm’s Eye se veut une réponse à la crise de l’eau et de l’énergie engendrée par l’essor de la construction liée à l’intelligence artificielle. Le projet s’inspire du camouflage de l’usine d’avions Lockheed Martin à Burbank, en Californie, durant la Seconde Guerre mondiale : un faux « toit », conçu pour imiter le paysage californien, avait alors été construit au-dessus du site pour le soustraire à l’observation aérienne. Worm’s Eye en renverse les termes : une structure de camouflage évoquant une installation industrielle — un centre de données et son infrastructure énergétique — dissimule cette fois une parcelle de terre au regard omniprésent du capitalisme extractif.

 

Alors qu’ils passent de l’extérieur à l’intérieur du jardin, les visiteurs font l’expérience d’un changement d’échelle et de perspective, d’une perception synoptique « vue d’en haut » à un point de vue immergé, à hauteur de sol. Ainsi, iels appréhendent la structure — qui sert également à la collecte des eaux pluviales — en surplomb, voyant d'abord le dessus de sa toiture basse, à la manière d'un drone survolant un centre de données. Ensuite, ils empruntent une pente douce pour accéder au jardin camouflé, où fleurs sauvages et plantes indigènes se trouvent à hauteur de regard, leur permettant d'acquérir une autre forme de connaissance du lieu : intime, locale et par nature partielle.

 

Bio 

Native du Luxembourg, l’architecte américaine Ellen Harris vit et travaille à Chicago (Illinois). Elle détient un baccalauréat en architecture de l’Université Clemson et une maîtrise de l’École d’architecture de l’Université Princeton. Son mémoire a porté sur l’impact qu’auront eu les politiques fédérales américaines, au 20e siècle, sur les communautés rurales et, plus particulièrement, sur l’infrastructure de l’éducation en zone rurale. Harris travaille actuellement à Chicago au sein du bureau Skidmore, Owings et Merrill.

 

Projet spécial : Pousses de son

Tom Jacques | Rimouski, Canada 

Les sons et les vibrations nous entourent en permanence, mais pour plusieurs, ils occupent une place bien moindre que celle accordée au visuel. Au cinéma, la trame sonore sert généralement l’image. Dans de nombreux styles musicaux, plusieurs bruits sont évités, voire ignorés, et ne sont pas considérés comme des éléments constitutifs de la musique, même s’ils sont audibles pendant une performance. Ici, ce jardin expérimental place le son au centre de son attention.

À travers l'acoustique de son environnement, il cherche à mettre le visiteur dans une position d’écoute, l’amenant tranquillement dans l’univers d’un promeneur attentif et marquant sa perception du paysage qui l'entoure. Ce projet est présenté grâce aux partenaires du Programme de partenariat territorial du Bas-Saint-Laurent.

Bio

Tom Jacques est un artiste sonore originaire et établi à Rimouski (Bas-Saint-Laurent, Québec). Il est reconnu pour son travail de compositeur de musique contemporaine et expérimentale, d’improvisateur, et pour son rôle d’interprète dans plusieurs ensembles, dont Bascaille, T.J.J.H. et le Grand groupe régional d’improvisation libérée (GGRIL). Sa pratique comprend également un volet important de lutherie sauvage, au cœur duquel il conçoit des dispositifs sonores et détourne des instruments de musique conventionnels. Ayant un parcours d’autodidacte en art sonore, il évolue tout de même près d’autres disciplines. Ses dispositifs sonores sont fortement influencés par sa pratique musicale et s’articulent dans un premier temps autour d’une recherche sonore excentrique et qualitative pour ensuite se développer sous différentes formes : performances, compositions, installations.


Deux mentions spéciales

Une mention spéciale a été accordée à deux projets, soit : À hauteur de tige par Sarah Bengle et Vivi Lamarre (Qc, Canada); et Threshold of Succession par Matthew Hickey, Adrian Hutchinson, Michael Ormston-Holloway et Hannah Wallace-Lund (ON, Canada).

 

Le Jury de sélection

Le jury de sélection de cette 27e édition était formé de Monique Keller (architecte urbaniste EPFL; commissaire indépendante), de Jean-François Légaré (architecte paysagiste; propriétaire et directeur, Nomade Paysage; artiste en danse contemporaine), de Mélanie Mignault (architecte paysagiste AAPQ AAPC; associée, NIPPAYSAGE), d’Alexander Reford (directeur, Festival international de jardins), d’Ève De Garie-Lamanque (directrice artistique, Festival international de jardins), et de François Leblanc (coordonnateur technique, Festival international de jardins).

L’appel à projets pour la 28e édition du Festival en 2027 sera diffusé le 2 septembre 2026.

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Crédit photos : Martin Bond