La certification Passivhaus: le futur de l'architecture?

Si la norme LEED est aujourd'hui la référence en matière de construction écoénergétique en Amérique du Nord, en Europe, c'est plutôt la norme « Passivhaus » qui se démarque. Entrevue avec Mathieu Archambault, vice-président pour l'entreprise Amp, qui tente actuellement de faire connaître cette certification au Québec.

ID / Qu'est-ce que la norme « passive » ?

MA / La certification passive (Passive House, Passivhaus) est basée sur la performance énergétique. Les points de certification reposent sur l'isolation, l'étanchéité à l'air, la fenestration (gain et perte solaire), les ponts thermiques et la récupération de la chaleur. La grande majorité de la production de chaleur est générée par le soleil, et la génération interne de chaleur par les ordinateurs et les humains est récupérée, d'où la faible dépense d'énergie. 

ID / Qui construit avec la certification Passivhaus aujourd'hui au Québec?

MA / Il s'agit essentiellement de constructions résidentielles et elles sont peu nombreuses. Au Québec, il n'existe aucun bâtiment commercial certifié passif. Au Canada, il y a Ottawa qui compte du locatif construit selon la norme, et la Colombie Britannique, mais c'est encore très peu. 

Le plus grand bâtiment certifié passif dans le monde se trouve à New York, à l'université de Cornell.

C'est un peu plus développé aux États-Unis car le marché est plus gros. Des bâtiments commerciaux ont été certifiés passifs et le plus grand bâtiment se trouve à New York sur le campus de l'Université de Cornell.

ID / Pourquoi la norme n'est pas connue ici?

MA / Le problème au Québec c'est que nous avons le taux d'électricité le moins cher en Amérique du Nord, et cela n'aide pas à faire la transition. En Europe, où le coût de l'énergie est plus cher, la ville de Bruxelles a poussé la norme passive d'un point de vue juridique en obligeant toutes les nouvelles constructions à atteindre les critères de basse consommation énergétique de la certification. Plus de 50 000 bâtiments ont été certifiés, des quartiers entiers, notamment Heidelberg près de Francfort, respectent aujourd'hui les normes passives, et l'industrie n'a pas eu le choix de s'adapter. 

Au Québec, il n'y a pas beaucoup de fournisseurs qui sont familiers avec la norme et qui ont développé des produits dans ce sens. Cela implique de devoir importer d'Europe et d'Allemagne, des fenêtres, des portes et d'autres composants pour l'isolation de chaleur. Cela rend plus difficile la démarche.

ID / Pourquoi construire « passif » plutôt que LEED?

MA / Un bâtiment LEED platine va chercher 30% d'efficacité énergétique par rapport à un bâtiment standard. La norme passive va chercher 80 à 90% d'efficacité énergétique, ce qui représente concrètement une facture d'Hydro-Québec d'une cinquantaine de dollars par année. La certification LEED est un système qui est basé sur des points pour l'efficacité énergétique, mais cela n'est pas basé sur le fait d'atteindre une certaine performance en matière d'utilisation d'énergie. 

Les bâtiments Passivhaus sont plus résistants, l'enveloppe est plus performante, l'intérieur mieux controlé. Ce sont des bâtiments extrèmement confortables où la qualité de l'air est meilleure, les gens sont moins malades, plus alertes.

La certification Passivhaus est aussi plus en lien avec les politiques qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Par contre, il faut se battre contre l'establishment des développeurs immobiliers qui eux n'ont pas d'intérêt à aller chercher une meilleure performance énergétique tant que leur modèle économique fonctionne.

ID / En effet, quels sont les avantages de construire passif pour les promoteurs?

MA / L'argument économique est très facile à faire. Cela coûte 2 à 3 % en plus, en terme de matériaux et de design, pour atteindre la norme passive. Par exemple, un projet de 10 millions va coûter 200 000 $ de plus. C'est un coût très faible, car si on prend un bâtiment qui consomme beaucoup d'énergie, le coût est absorbé très rapidement, en une période d'environ 5 ans. 

ID / Peux-tu nous parler d'Ursus, la compagnie que tu es en train de fonder?

MA / L'entreprise vise à promouvoir et à développer la certification Passivhaus au Québec. Nous sommes en ce moment en recherche de sites et de partenaires. Nous axons notre approche sur des bâtiments déjà existants donc il s'agit de convertir des bâtiments traditionnels en bâtiments passifs.

ID / Est-ce que bâtiments existants peuvent répondre aux critères assez exigeants de la norme Passive House ?

MA / L'institution Passivhaus en Allemagne a développé un nouveau standard de performance énergétique un peu moins exigeant pour les anciens bâtiments (on est à 70, 80 % d'efficacité énergétique). Tous les bâtiments du début du siècle convertis en lofts et en condos sont parfaits pour la conversion à la norme passive car ce sont de grands espaces munis de grandes fenêtres. Ils sont très bien exposés.

Le typique triplex montréalais a un avantage et un inconvénient. L'avantage, c'est qu'au lieu d'avoir 5 faces exposées aux intempéries, il n'en a que 3 : la façade, le toit et l'arrière. L'inconvénient est qu'il est moins exposé au soleil, il faut donc trouver des façons inventives de faire entrer le soleil dans le bâtiment en allant chercher de la fenestration plus grande en avant et en arrière. Ce n'est pas la capacité à atteindre la norme qui pose problème mais plutôt la complexité des configurations du bâtiment existant et des restrictions d'arrondissement.

Pour en savoir plus: Canadian Passive House Institut

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