Quand le design incite à l’évolution d’un modèle d’affaires

Réalisé par Sid Lee Architecture | Architecture49, architectes en consortium et Pomerleau, l’hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth vient de réouvrir ses portes sous un autre jour après un peu plus d'un an de travaux majeurs. En collaboration avec le propriétaire Ivanhoé Cambridge et l’exploitant Hôtels Fairmont, Sid Lee Architecture a développé la vision du repositionnement de l’hôtel et a idéalisé les concepts en architecture et en design d’intérieur. Rencontre avec Jean Pelland et Martin Leblanc, cofondateurs et architectes chez Sid Lee Architecture, qui nous expliquent la nature du projet.

Jean Pelland

cofondateur et architecte, sid Lee Architecture

ID / Quel était le mandat de Sid Lee Architecture ?

SLA / L’aventure a débuté il y a environ 4 ou 5 ans lorsque Ivanhoé Cambridge nous a mandaté pour repositionner l’hôtel, ainsi que ses salles de conférences, au goût d’aujourd’hui. Nous avons alors amorcé un grand exercice de réflexion sur les transformations possibles à mettre de l'avant tout en essayant toujours de lui donner un angle se rapprochant de « l’équipement urbain ».  Nous trouvions que l’hôtel d’avant était plutôt synonyme de groupe restreint, peu accessible au Montréalais. Ainsi, nous avons décidé d’orienter le projet vers une piste de réouverture totale. Nous avons décidé de faire de l'hôtel Fairmount Le Reine Elizabeth un tiers-lieu pour les clientèles locales et internationales.

Martin Leblanc

cofondateur et architecte, Sid Lee Architecture

ID / Comment cette idée de positionnement s’est-elle transcrite dans l’organisation spatiale de l’hôtel ?

SLA / L’idée a été de décloisonner le plus possible tous les espaces. Avant, il y avait beaucoup de pièces fermées, ce qui laissait présager un univers presque secret, voir inaccessible. En décloisonnant, on voulait créer un endroit aussi intéressant pour les Montréalais et ainsi accessible à la communauté d’affaires de Montréal. Ainsi, nous avons transformé le bloc des étages inférieures en grand espace urbain, un peu à l’image d’une rue intérieure avec son offre diversifiée de boutiques : épicerie fine, café, brasserie chic, restaurant, agora… Chaque commerce détient maintenant sa propre identité avec une adresse sur rue. À chaque fois que nous en avions l’occasion, nous avons créé des percées verticales afin d’établir des liens entre les différents étages. On peut entre autres penser à l’escalier hélicoïdale qui relie le rez-de-chaussée au second étage où se trouve les salles de conférences, ou encore celui qui relie le rez-de-chaussée avec l'accès à la Gare et à la Place Ville-Marie. Nous avons également ajouté deux terrasses afin de créer différents points de vue sur la ville. Pour nous, c’était une façon d’activer l’architecture. Nous souhaitions créer de nouveaux liens afin d’apporter vitalité à l’endroit.

ID / Au troisième étage, on retrouve le Colab, le nouvel espace d’affaires avec ses différentes pièces multi-usages, pouvez-vous nous en parler ?

SLA / Dans chaque hôtel, il y a un besoin de créer des salles multi-fonctions. Souvent, nous trouvons des espaces drabes et peu attrayants. Nous avons donc décidé de créer des espaces de travail personnalisés. Ainsi, l’usager peut choisir la salle qui rejoint le plus son état d’esprit, il peut opter pour une ambiance plus futuriste dans la salle CTL où l'on retrouve une grande table en rond entouré d’écran sur 180 degré ou encore un style de meeting plus décontracté dans une salle aménagée de canapés. L’idée était d’offrir une diversité de salles et d’espaces qui répondrait aux différentes clientèles d’affaires de l’hôtel. Maintenant, les espaces offrent plusieurs modes de travail : il y a des espaces communs pouvant recevoir 2, 3, ou 4 personnes, on peut s’y rendre pour un meeting impromptu avec un client ou encore réserver une des salles de réunions pour une rencontre de planification stratégique. Ça répond au besoin du tiers-lieu que les gens ont, soit de travailler sans être au bureau ou à la maison. Près de 200 places sont maintenant accessibles aux Montréalais.

ID /  L’espace C2 ouvrira bientôt ses portes sur le toit de l’hôtel. Quel est le lien entre C2 et l’hôtel Fairmount Le Reine Elizabeth ?

SLA / Dès le départ, nous souhaitons créer une occupation intéressante au dernier étage. Avant, c’était des suites qui n’étaient plus utilisées puisqu’elles n’avaient pas été rénovées depuis plusieurs années. Historiquement, dans les premiers plans de l’hôtel était prévu un espace ouvert qui s’appelait le panorama, mais cette fonction a vite été changée sur les plans d’origine. Nous avons souhaité rendre cet endroit accessible au plus grand nombre. Nous avions l’idée de développer un lieu créatif. Assez rapidement, nous avons intégré C2 afin d'agrémenter l'offre du campus d'affaires. Au final, un partenariat s’est créé entre le Fairmount et C2, qui gèrera ce nouvel espace. L’endroit, qui ouvrira cet automne, est contruit sur deux étages afin de dégager un volume suffisant pour accueillir une capacité de 220 convives, des gradins rétractables et un accès à la terrasse. C'est un espace prototype sans précédent pour les chaînes hôtelières locales. La vue y est également imprenable !

ID  / Vous avez entièrement revu le design de la suite royale Ville-Marie, pouvez-vous nous parler du concept ?

SLA / La suite royale Ville-Marie se retrouve maintenant dans l’ancien Gold Lounge de l’hôtel. C’est la seule chambre où l’on peut accéder d’un ascenseur privé. Pour créer cette suite, nous avons analysé la clientèle pour se rendre compte qu’une quantité impressionnantes de personnalités du milieu artistique et politique y avaient séjourné par le passé. Afin de préparer la suite à recevoir ce genre de personnalité et de redonner le caractère mythique à ce lieu, notre ambition pour cet endroit a été de se baser sur l’art et les diverses expériences qui pouvaient y être vécues. 

ID / Sachant qu’Ivanohé Cambridge vous a mandaté comme firme montréalaise pour créer un projet pour les montréalais, est-ce une avenue que vous avez pris en compte dans la conception et le choix du mobilier ?

SLA / Autant que possible. Plusieurs pièces de mobilier ont été conçue à l’interne par nos designers afin de répondre au standard de la chaîne hôtelière. On pense entre autres, à tous les tapis. Les motifs de la ville de Montréal ont été dessinés et ajustés par notre équipe tout comme le choix de fibre qui provient de la Nouvelle-Zélande. Le mobilier sur mesure des nouveaux espaces communs a été produit majoritairement par des manufacturiers canadiens, l'autre moitié provient des États-Unis et d'Europe. St-Damase, Delta et Ébénisterie de Montréal sont des fournisseurs et fabricants qui ont été impliqués dans le projet, entre autres pour la suite Royale Ville-Marie. 

ID / Pour terminer, quel est l’élément dont vous êtes le plus fier dans ce projet ?

SLA / Ce dont nous sommes le plus fier est d’avoir réussi à créer des connexions entre l’hôtel et son environnement. Aussi, d’ajouter des points de vue sur Montréal à plusieurs niveaux. Au final, le résultat est fluide et la circulation agréable.  

 

En ouverture : L'agora. Crédit photo : STÉPHANE BRUGGER

Fiche technique
Nom officiel du projet : Hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth
Lieu : 900 Boulevard René-Lévesque Ouest, Montréal, Québec, Canada
Client : Ivanhoé Cambridge
Superficie : 690 000 pi.ca.
Concept et vision : Sid Lee Architecture
Designers d’intérieur : Sid Lee Architecture
Collaborateurs en design d’intérieur : Design 360 Unlimited (chambres), BlazysGérard, Nicole Vekemans, Fairmont Design+Construction
Architectes : Sid Lee Architecture | Architecture49, architectes en consortium
Entrepreneur général : Pomerleau
Ingénieurs en structure : SDK et associés
Ingénieurs électromécaniques : Dupras Ledoux Inc.
Consultants en éclairage : Lightemotion
Consultants F&B : Next Step Design, BPC Enterprises
Consultants en art : MASSIVart
Photographe : Stéphane Brugger

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