
Le Centre Sanaaq est un territoire d’apprentissage, d’échange et d’expériences. Un territoire vivant qui transgresse les limites du centre culturel et communautaire traditionnel en offrant un programme actif et participatif audacieux. Inspiré par le nom qu’il porte — la racine sana, qui signifie créer, œuvrer, sculpter, travailler —, le centre favorise l’émergence de l’idée de « fabrication collective » à travers la création et le partage communautaire. À la fois accessible et novateur, grand public et pointu, chaleureux et radical, low-tech et hi-tech, le Centre est un véritable laboratoire d’innovation publique, qui place l’humain au cœur de ses actions.

En proposant une variété d’activités dans un même bâtiment, le Centre Sanaaq est imaginé comme une infrastructure mixte au service de la collectivité, un condensateur permettant de faire cohabiter une grande diversité de services. Le programme du Centre est interprété comme un archipel, une constellation d’espaces de nature parfois très différente, mais vivant en symbiose dans un ensemble cohérent et fluide. Certains espaces sont ouverts et informels, d’autres, intimes et structurés. Ils se prêtent tous à une circulation libre, selon les envies et les besoins, sans que la transition entre eux soit perçue comme une limite.

L’organisation du Centre Sanaaq repose sur une agora centrale, un espace fluide et structurant qui articule les principales fonctions publiques du rez-de-chaussée. Ce niveau accueille un café, une salle multifonctionnelle, une salle de spectacle et des bibliothèques express, tous disposés en périphérie de l’agora de manière à encourager la déambulation et les croisements informels.



Un large escalier baigné de lumière relie cette séquence dynamique au niveau supérieur, où se déploie la bibliothèque autour d’une mezzanine centrale. Celle-ci organise les zones jeunesse, adulte, lecture et travail en sous-espaces différenciés, mais interconnectés. En façade, les aires jeunesse dialoguent avec le médialab suspendu, prolongeant l’idée d’un lieu public en constante activation.



La nature hétérogène du programme du Centre est supportée par une approche matérielle qui recourt largement au collage comme stratégie d’assemblage. Les caillebotis d’aluminium côtoient le bois, le béton, la cellulose et les textiles. Loin de tenter de rendre cohérent un assemblage de fonctions éclectiques, la multiplicité des expressions matérielles rend manifeste l’idée que le Centre Sanaaq est un espace qui représente une large mosaïque d’utilisateurs et d’usages.

La nécessité de résoudre le décalage entre des cibles acoustiques très élevées et les grands espaces ouverts s’est avérée être un moteur important de la stratégie matérielle. L’utilisation extensive de cellulose giclée, directement exposée sur les plafonds, ou protégée par les caillebotis sur les murs de la salle de spectacle, a permis de limiter la réverbération et d’augmenter l’absorption à des niveaux exceptionnellement bas pour ce type d’espace.


La présence de végétation, intégrée à même l’architecture intérieure, contribue pour sa part à adoucir les ambiances et à créer un sentiment de bien-être. Placés stratégiquement, notamment dans le laboratoire culinaire et près de la zone libre-service, des bacs de plantation permettent aussi aux usagers de s’initier à l’agriculture urbaine au cœur même du centre.


À travers ses choix spatiaux et matériels, le Centre Sanaaq témoigne d’une volonté d’expérimenter avec générosité et ouverture. Il se présente comme un lieu de découvertes et de rencontres, où l’architecture et le design intérieur se réunissent pour exprimer la multiplicité, l’hétérogénéité et la richesse du quartier. Cette approche met en valeur une conception qui dépasse la recherche de cohérence formelle pour privilégier la vitalité des usages et la spontanéité des pratiques. En rassemblant une pluralité de voix et de gestes, le Centre devient une œuvre collective en évolution.


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Crédit photo : James Brittain





