Dans les coulisses du Théâtre Gilles-Vigneault

Construction d’aluminium et de bois, le Théâtre Gilles-Vigneault s’ancre dans le patrimoine religieux et naturel de sa région tout en étant résolument contemporain. Visite guidée avec l’architecte Manon Asselin d’Atelier TAG.

Le 31 août dernier, Diffusion En Scène conviait les médias à une visite du chantier du futur Théâtre Gille-Vigneault à St-Jérôme. Conçu en consortium par Atelier TAG et Jodoin Lamarre Pratte architectes, le projet s’est mérité le Prix d’excellence Canadian Architect 2014.

La mezzanine

Le premier arrêt de la visite s’est effectué sur la mezzanine du théâtre, d’où l’on aperçoit la cathédrale de St-Jérôme à travers la façade vitrée du bâtiment. « La première chose qui nous avait particulièrement touchée sur ce site, c’était justement ce potentiel de face à face avec la cathédrale. On sait que la cathédrale, dans la ville, c’est quand même un repère important, et d’un point de vue social-culturel et architectural. C’était cette relation, finalement assez intime avec la cathédrale, qu’on voulait créer » explique d’entrée de jeu l’architecte.

Ce qui avait aussi frappé Manon Asselin, c’est la façon dont le toit de la cathédrale reflétait la lumière lors des journées ensoleillées. Pour accentuer la relation architecturale entre les deux bâtiments, l’enveloppe du théâtre a été conçue avec de la résille d’aluminium. « On voulait que la salle de spectacle, tout comme la cathédrale, scintille au soleil, qu’elle miroite. Ce matériau-là nous permettait aussi, jusqu’à un certain point, de dématérialiser la masse de la salle de spectacle. Parce que d’un point de vue architectural, un des défis importants, c’est d’intégrer un équipement culturel de ce gabarit-là dans un espace qui, autrement, est relativement de petite échelle. »

Toujours côté matériaux, le mandat architectural exigeait la mise en valeur de la filière bois des Laurentides, un moteur économique important pour la région. L’épinette noire a donc été utilisée dans ce projet pour créer un « espèce d’origami en lamellé-collé ». Plus tard durant la visite, celle pour qui l’architecture se veut un commentaire sur la société affirmera à propos de cet élément structural : « Je pense que ceux qui vont partir du théâtre, ce qu’ils vont avoir en tête comme image de la visite, c’est vraiment cet aspect-là du dais de bois qui, de façon très très volontaire, se voulait aussi en opposition à la flèche très verticale, très hiérarchique et très patriarcale de l’Église catholique. Nous, on lui oppose un dais horizontal qui se veut très démocratique avec un matériau identitaire du Québec. »

La salle de spectacle

Deuxième lieu d’importance : la salle de spectacle qui compte 860 places, dont 510 au parterre, avec des bancs en quinconce pour améliorer la visibilité. Malgré sa grande capacité d’accueil, la salle se veut un lieu intime, rapprochant spectateurs et artistes. On a également voulu la rendre chaleureuse, d’où son enveloppe en chêne blanc. L’architecte fait remarquer qu’on retrouve souvent dans les salles de spectacles différents matériaux ou assemblages qui servent tantôt à absorber le son, tantôt à le réfléchir. « D’un point de vue acoustique, ce qu’on voulait arriver à faire, c’est un ensemble qui soit uniforme, qui ne soit pas trop articulé. On veut évidement que l’attention soit portée sur la scène. Donc on voulait que la salle soit enveloppante, soit en bois, mais avec un même langage partout. » Ainsi est née l’idée de panneaux composés d’un textile noir et de baguettes de bois, qui permettent une cohérence architecturale tout en étant acoustiquement transparents. Ils se superposent à d’autres panneaux qui, selon leur emplacement ou leur géométrie, serviront à l’absorption ou à la réflexion du son dans la salle.

Manon Asselin mentionne en outre que la symétrie de la salle de spectacle s’oppose au site qui, lui, est asymétrique, avec la ville d’un côté, et le parc et sa piste cyclable de l’autre. De la même manière, l’approche vers la salle n’est pas non plus symétrique. « Quand on approche la salle côté jardin, on a des vomitoires (terme architectural pour « passages ») qui s’ouvrent sur un grand espace très très fenestré, et on a tout le paysage qui s’ouvre sur nous. Alors que du côté cour, l’accès à la salle est en fait beaucoup plus contenu à partir d’un même vomitoire commun pour tous les espaces. Donc, ça va peut-être aussi appeler de façon intéressante les gens à changer de place dans la salle que d’avoir un déambulatoire vers la salle qui va être un peu différent. »

Accès côté jardin

Il sera possible de découvrir ce lieu et ces expériences déambulatoires lors des journées portes ouvertes qui se tiendront les 25 et 26 novembre prochain. En espérant que le soleil soit au rendez-vous pour faire scintiller cet élégant bâtiment.

 

Photos et rendus architecturaux fournis par Diffusion En Scène

comments powered by Disqus