La réalité virtuelle au service du design

On associe souvent la réalité virtuelle à l’univers du jeu vidéo ou du divertissement en général. Au sein des laboratoires de Ford à Détroit, on a vu en cette technologie un formidable outil de design.

Le processus de conception des voitures du géant américain n’avait pas beaucoup bougé au cours des 20 dernières années. Il commençait par un croquis, suivi d’une conceptualisation en 2D. Venait ensuite l’étape du développement 3D, où on façonnait le modèle de façon à conserver l’intention de design tout en demeurant à l’intérieur des contraintes d’ingénierie. La phase suivante, plus récente, se nommait « visualisation interactive ». Dans celle-ci, un logiciel permettait aux designers d’ajouter des textures et couleurs, de voir comment les matériaux s’agençaient ensemble, de visualiser le prototype dans divers environnements. « Nous voulions voir le plus d’environnements possibles pour nous assurer que la voiture paraissait bien peu importe les conditions météo ou d’éclairage », explique le directeur de l’équipe de design numérique chez Ford, Jerry Kearns. Une fois le prototype de la voiture finalisé, on le mettait en scène dans une animation, sorte de publicité destinée à susciter l’émotion chez les dirigeants de l’entreprise.

Puis la réalité virtuelle est venue changer la donne. En amont, elle permet de réaliser des esquisses en 3D, comme si on dessinait dans les airs. C’est toutefois en remplaçant l’étape de visualisation interactive que cette technologie a eu le plus d’impact. Casque sur la tête, designers, ingénieurs et gestionnaires peuvent examiner ensemble un modèle grandeur nature du véhicule. Une voiture dont on peut soulever le capot pour examiner le moteur, lampe de poche en main. Une voiture dans laquelle on peut s’asseoir pour apprécier l’habitacle intérieur. Une voiture qui a toutes les qualités de réflexion de la lumière et qui s’ajuste à l’environnement ambiant (par exemple, on voit les miroirs latéraux se refléter sur la peinture de la portière par une belle journée ensoleillée).

Pour Elizabeth Baron, spécialiste technique en réalité virtuelle et visualisation avancée, cette technologie est plus qu’un instrument de design : c’est un outil de communication. Elle permet aux collaborateurs de différentes professions ou parties du monde de parler le même langage.

En assistant à une démonstration, il est facile d’imaginer dans ce monde virtuel un projet architectural plutôt qu’une voiture. Munis de lunettes spécialisées, architectes, designers et clients pourraient voir le projet dans divers contextes météorologiques ou saisonniers. Marcher à l’intérieur de celui-ci pour en apprécier le volume ou l’éclairage naturel selon différents moments de la journée. Ou plus simplement dialoguer sans se buter au jargon de l’industrie.

La réalité virtuelle constitue certes un investissement majeur qui n’est pas à la portée de toutes les firmes. Mais pour Elizabeth Baron, l’investissement est amplement justifié s’il permet d’éviter à tout jamais la création d’un mauvais prototype !

 

Crédit photo d'ouverture : David Freers

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