NMBHD: triplex aux multiples jardins par Jean Verville

Trois logements du quartier Rosemont se partagent une habitation qui fait abstraction du modèle classique de triplex montréalais. Le design épuré des lieux s’inspire de la pensée japonaise du «Wabi Sabi». Avec cette nouvelle proposition qui pousse le concept de compacité à son paroxysme, Jean Verville poursuit sa réflexion sur le rapport individuel et familial aux espaces domestiques.

Comme prémisse, un jeu intellectuel de concepts et de rebonds créatifs avec les clients est au cœur du projet. En proposant une démarche joueuse, l’architecte Jean Verville amène le couple de propriétaires, Nancy-Marie et Hugo, à questionner le rapport qu’ils ont à leurs espaces.

«Tout le monde se sent plus investi dans un contexte ludique. Ce sentiment d'être dans un jeu permet une certaine naïveté et des échanges très stimulants. Ça nous place dans la bonne disposition pour accueillir des idées novatrices et surprenantes», dit Jean Verville.

Ce qui était originalement le lot d’un garage à un étage se transforme ainsi en terrain de jeux spectaculaire pour la jeune famille. Avec un escalier d’acier ajouré immense au centre qui a pour seule délimitation des pièces des cloisons de verre.

Au paroxysme de la compacité

Plutôt que d’aménager de grands espaces à dormir, les concepteurs ont préféré augmenter la superficie des aires de vie commune. Le concept de compacité est poussé à son paroxysme dans les chambres, mais la demeure n’est pas moins confortable.

«Au final, le projet est tout sauf claustrophobique. La maison est aérée et les espaces sont interconnectés de manière tout à fait décomplexée», indique Jean Verville qui a même réalisé un mur de chambre en verre. «Pour le gain en termes de qualité de vie, les clients étaient prêts à faire des compromis. Ceci-dit, les plus petits espaces ont été réfléchis et testés.»

 

«Le terrain et le lot appelaient à un élément hors norme», Jean Verville.

Avec en tête l’idée de concevoir un projet multirésidentiel locatif, la possibilité d’exposer trois faces du bâtiment offrait de multiples possibilités aux concepteurs. Le défi était cependant de s’insérer en bout d’îlot à travers un quartier dense au développement mixte et parfois chaotique où abonde la pollution visuelle des fils électriques.

«Nous avons souhaité faire abstraction du modèle du triplex montréalais», dit Jean Verville. Lui et son équipe l’ont considéré d’un œil nouveau, à l’extérieur de l’archétype usuel. Ils ont proposé aux clients de «vivre à la japonaise» en hauteur, sur quatre étages, avec deux unités locatives en façade.

Crédit photo: studio Jean Verville architectes

L’espace de chaque occupant est intime et végétalisé. Les propriétaires bénéficient à eux seuls de la cour arrière, alors que les locataires obtiennent des jardins privés. 

Pour chacun des logements, les concepteurs ont traité des qualités complètement différentes. Une constante demeure: l’interconnexion et la verticalité de l’espace. Chacune des trois habitations s’étire sur plus d’un étage. Cette recherche en hauteur permet d’amplifier les perceptions et d’agrandir l’espace.

Le plus vaste des logements s’étend sur les 4 paliers. Cette maison de 197 m2 comprend quatre chambres, un atelier de poterie et une cour à l’arrière. Un studio loge au premier et au deuxième étage sur 63 m2 et possède son propre petit jardin à l’avant. Le troisième appartement de 104 m2 coiffe le tout, sur trois niveaux, avec deux chambres et une terrasse de 37 m2 sur le toit. 

Un clin d'œil à la rue

Le projet s'insère de façon sensible dans son environnement. Il constitue un assemblage de fragments du quartier Rosemont. 

Présentant sa démarche originale, Jean Verville indique: «Nous avons répertorié les formes diversifiées de toutes les fenêtres de la rue. Elles ont ensuite toutes été introduites dans le bâtiment.» 

 

«Nous avons comme vision de nous amuser avec les concepts plutôt que d'en être victime», rigole l’architecte.

Bien proportionnées dans l’ensemble bâti, les fenêtres deviennent un assemblage cohérent et esthétique qui fait un clin d'œil à toute la rue.

La façade de briques blanches est ainsi animée d’ouvertures petites et grandes, mais toutes dorées. De jour, le bâtiment reflète la lumière et de nuit il éclaire le voisinage d’une lumière chaleureuse.

Un esprit Wabi-Sabi

La signature minimaliste laisse exposées les matières brutes à l’intérieur, telles les solives et le béton polis. Les architectes ont travaillé en soustraction dans l’espace ouvert et lumineux. 

«Nous avons voulu magnifier des principes de construction standard au Québec. Exploiter ces standards de façon esthétique. Nous nous sommes demandé si nous souhaitions assumer la structure telle qu'elle est, et jusqu'où nous étions prêts à aller dans cette vérité-là», ajoute Jean Verville.

Inspiré par la pensée japonaise du «Wabi Sabi» qui invite à reconnaître la beauté dans les choses simples, imparfaites, et atypiques, Jean Verville explique s’être «amusé à magnifier les imperfections, plutôt que de chercher à les maquiller.» Le plex décomplexé témoigne ainsi habilement d’un retour à l’essence du geste architectural.

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Crédit photo: studio Jean Verville architectes

Crédit photo de couverture et dans l'article: Felix Michaud et studio Jean Verville architectes

Rencontre de conception

Crédit photo: Hugo Didier, Nancy Marie Bélanger et studio Jean Verville architectes

 
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