Le nouveau CHUM : prouesses technologiques au service de l'humain

Réalisé par CannonDesign et NEUF architect(e)s, le nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal se veut moderne et efficace, sans toutefois occulter la dimension humaine au cœur de sa mission. Tour d’horizon des éléments qui en font un lieu unique.

Le défi était de taille : concevoir le plus gros projet de construction en santé en Amérique du Nord. Forte de son expertise dans le domaine hospitalier, la firme CannonDesign a d’abord hérité de cet imposant mandat. Elle s’est ensuite adjoint les services de NEUF architect(e)s, qui avait une bonne expérience dans les projets « fast-track ».

L’architecte associé chez NEUF architect(e)s, Azad Chichmanian, raconte que le travail s’est fait en équipe du début à la fin, ce qui a créé un fort attachement envers le projet. Pour Christy Cavataio, vice-présidente senior chez CannonDesign, « l’esprit d’équipe était important compte tenu des délais. Cela a aussi permis de créer une grande cohérence dans le bâtiment. »

Un aménagement ingénieux

Le projet initial prévoyait que 55% de l’hôpital serait construit durant la première phase, dont seulement une partie des chambres des patients. En repensant totalement le projet, et en empiétant davantage sur le stationnement de l’hôpital Saint-Luc, l’équipe de conception a été en mesure de compléter 85% du bâtiment et l’entièreté des 772 chambres privées. Avec ce réaménagement, l’intégralité des soins qu’offre l’institution est dès maintenant accessible aux usagers : les services diagnostiques et thérapeutiques, les 400 salles d’examen, les 40 salles d’opération ainsi que le centre des soins d’oncologie. Viendront s’ajouter dans la deuxième phase un amphithéâtre et des bureaux administratifs.

Azad Chichmanian explique que cette façon de faire a permis de réduire les coûts. D’une part, le milliard de dollars dépensé maintenant aurait probablement coûté plus cher dans quelques années, ne serait-ce qu’en raison de l’inflation ou des conditions de financement. L’autre aspect ayant permis de faire des économies est la répétitivité des multiples étages, 22 au total hors du sol.

Outre la diminution des coûts, la concentration des chambres a permis de réduire les temps de déplacement. Autre aspect positif de ce nouvel hôpital : la série d’ascenseurs distincts pour les patients, le personnel et les matières diverses. Par exemple, le fait d’empêcher de se retrouver dans un même ascenseur civières et vidanges permet de « préserver la dignité des patients » selon Azad Chichmanian. Enfin, le CHUM est équipé de véhicules autoguidés (VAG) assurant le transport de matériel, et est le premier centre hospitalier en Amérique du Nord à bénéficier 100% d’air neuf en tout temps.

Nature et art pour guérir

Comme l’hôpital est implanté en milieu urbain, il était important pour les concepteurs que ses usagers aient accès à des espaces extérieurs et à de la verdure. Le bâtiment compte ainsi plusieurs toits verts, accessibles visuellement mais aussi physiquement par les patients et le personnel. Sur ces toits terrasses poussent une végétation dont la disposition reproduit des plantes médicinales tirées de l’herbier de Jeanne Mance. « L’objectif était de créer des espaces apaisants qui aident les patients à progresser dans leur guérison », affirme Christy Cavataio. Ces zones vertes auraient en outre comme effet de diminuer l’angoisse, à la fois chez les malades et les soignants, selon la vice-présidente senior de CannonDesign.

Enfin, se retrouver dans un lieu où l’art occupe une place prépondérante ne peut pas nuire à la guérison non plus. À cet effet, le nouveau CHUM comptera à terme 13 œuvres d’envergure, dont 10 dans la première phase. Plutôt que de commander des tableaux ou une immense sculpture de bronze qui trônerait devant la porte d’entrée, l’équipe de conception a eu l’idée d’intégrer l’art directement à l’architecture. « On a pu pousser assez loin par rapport à l’audace et à la variété des médias : on a des installations sonores, lumineuses, des bancs, etc. », rapporte Azad Chichmanian. À cela s’ajoutent des éléments architecturaux qui peuvent être considérés comme des œuvres d’art en soi, tels le clocher, la Maison Garth et la spectaculaire passerelle de la rue Sanguinet.

Une source de fierté

Plusieurs limites ont été repoussées dans ce projet, plusieurs idées nouvelles ont été mises à l’essai. Ce qui rend les architectes les plus fiers dans cette grande aventure ? « C’est la quantité de lumière dans l’édifice, qui est une source de guérison pour les patients et de motivation pour le personnel. Ça me frappe chaque fois que je me trouve dans le bâtiment », témoigne Christy Cavataio. Des propos que complète Azad Chichmanian : « À quel point la ville est présente. Elle fait partie de la prestation de soins. »

Aménagement plus réfléchi, lumière naturelle et vues dégagées, accès à la verdure et à l’art : tels pourraient être les ingrédients requis des hôpitaux du futur.

 

Crédit photos : Adrien Williams, à l’exception de la photo de l’intérieur de la passerelle Sanguinet qui est l’œuvre de Karine Savard

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