La Thématique
Dans la foulée du cycle thématique triennal amorcé l’an dernier, « Cartographier le sensible » poursuit la réflexion sur notre rapport à l’espace et, plus largement, au monde. Alors que « Frontières » focalisait sur les enjeux d’organisation et de représentation de l’espace géographique, soulevant d’emblée des préoccupations d’ordre géopolitique, le thème de cette 27e édition propose un tournant affectif.
L’Identité visuelle 2026 – Cartographier le sensible
© bureau60a
Il puise son inspiration dans la cartographie sensible qui, bien plus qu’une simple alternative à la cartographie classique, se distingue par sa considération des dimensions subjective et immatérielle d’un lieu. La carte sensible trace ainsi les représentations partagées d’un espace décrit, vécu et ressenti. Elle considère l’expérience réelle qu’ont les usager·ères d’un espace donné et le rapport affectif qu’iels tissent avec lui en tenant compte de facteurs culturels, phénoménologiques, expérientiels, cognitifs et contextuels.
Les Équipes et les projets lauréats
Again, a Garden
Hugh Taylor | Manitoba, Canada + États-Unis
Again, a Garden prend la forme d’un jardin clos — un pavillon construit en alternant rondins et plaques métalliques — dédié à la culture d’espèces pollinisatrices indigènes. L’installation suit les flux de la vie dans le jardin et son environnement immédiat. Elle offre des moments de réflexion et de pause, invitant les visiteurs et visiteuses à percevoir la nature cyclique de la vie : croissance, mort, transformation, puis renaissance.
Again, a Garden (élévation)
Hugh Taylor | Manitoba, Canada + États-Unis
© Hugh Taylor
Again, a Garden (VUE INTÉRIEUR)
Hugh Taylor | Manitoba, Canada + États-Unis
© Hugh Taylor
Frame
Ulli Heckmann | Allemagne + Pays-Bas
Création architecturale inscrite dans le paysage, Frame nous incite à questionner nos expériences spatiale et perceptive — soit la manière dont nous nous percevons nous-mêmes, puis notre environnement, dans une situation donnée. En nous invitant à découvrir ce qui n’est pas immédiatement visible, Frame encourage l’expérimentation de l’espace architectural ainsi qu’une prise de conscience du corps et de l’environnement.
Titre Frame (axonométrie)
Ulli Heckmann | Allemagne + Pays-Bas
© Ulli Heckmann
Titre Frame (ÉLÉVATION)
Ulli Heckmann | Allemagne + Pays-Bas
© Ulli Heckmann
Mentho-artemision
Etienne Lapleau | France
Mentho-artemision, à l’instar d’une carte sensible, restitue dans un espace réduit des sensations contrastées habituellement perçues à l’échelle du paysage. En convoquant dans un même espace les milieux de la menthe et de l’armoise, le jardin offre un condensé de perceptions sensibles où les transitions du sec à l’humide sont ressenties par le visiteur à travers la vue, l’odorat et le toucher.
Mentho-artemision
Etienne Lapleau | France
© Etienne Lapleau
Mentho-artemision
Etienne Lapleau | France
© Etienne Lapleau
Tainai-Meguri
Measured Architecture Inc. + Tamotsu Tongu, Kumpei Wakino | Colombie-Britannique, Canada
Chaque jour, nous naviguons dans l’espace numérique sans le remettre en question, agissant comme si l’écran constituait la réalité elle-même. Pourtant, notre perception du monde et notre sentiment d’exister sont façonnés par des données invisibles et immatérielles. Tainai-Meguri imagine cet espace numérique comme une grotte rendue tangible par une vaste tonnelle. La rencontre de la nature, de l’eau et de la lumière ouvre sur un retour à l’origine — un parcours méditatif où les mondes intérieur et extérieur se dissolvent.
Tainai-Meguri (vue axonométrique)
Measured Architecture Inc. + Tamotsu Tongu, Kumpei Wakino
Colombie-Britannique, Canada
© Measured Architecture Inc.
Tainai-Meguri (vue axonométrique)
Measured Architecture Inc. + Tamotsu Tongu, Kumpei Wakino
Colombie-Britannique, Canada
© Measured Architecture Inc.
Worm’s Eye
Ellen Harris | États-Unis
L’anthropologue et politologue James C. Scott a décrit le regard cartographique « vu d’en haut » comme celui par lequel les États modernes et les multinationales rendent lisibles les territoires et les populations qu’ils contrôlent. Worm’s Eye propose une « architecture de camouflage » qui déjoue cette lisibilité descendante et favorise une compréhension du lieu intime, locale et par nature partielle.
Worm's Eye (vue aérienne, au crépuscule)
Ellen Harris | États-Unis
© Ellen Harris
Worm's Eye (vue en perspective / du sentier)
© Ellen Harris
Worm's Eye (vue frontale, côté le plus long)
© Ellen Harris
Deux mentions spéciales
Une mention spéciale a été accordée à deux projets, soit : À hauteur de tige par Sarah Bengle et Vivi Lamarre (Qc, Canada) ; et Threshold of Succession par Matthew Hickey, Adrian Hutchinson, Michael Ormston-Holloway et Hannah Wallace-Lund (ON, Canada).
Le Jury de sélection
Le jury de sélection de cette 27e édition était formé de Monique Keller (architecte urbaniste EPFL ; commissaire indépendante), de Jean-François Légaré (architecte paysagiste ; propriétaire et directeur, Nomade Paysage ; artiste en danse contemporaine), de Mélanie Mignault (architecte paysagiste AAPQ AAPC ; associée, NIPpaysage), d’Alexander Reford (directeur, Festival international de jardins), d’Ève De Garie-Lamanque (directrice artistique, Festival international de jardins), et de François Leblanc (coordonnateur technique, Festival international de jardins).
L’Identité visuelle
L’identité visuelle de l’actuel cycle thématique (2025-27) a été confiée au studio de design graphique indépendant bureau60a (QC, Canada). Les thèmes « Frontières », puis « Cartographier le sensible » se sont révélés particulièrement riches pour Simon Guibord et Rachel Monnier. D’une part, la référence aux sciences cartographiques, et plus particulièrement au langage graphique du cartographe, s’est imposée. De l’autre, une approche biocentrique a été privilégiée — le règne végétal s’est notamment vu évoqué par le pollen, ses processus de dispersion et de déposition. Porteuse de sens, poétique et militante, la proposition graphique du bureau60a transcende les barrières territoriales et temporelles.





