Projet marquant de l'année: Maison Rushbrooke, La Shed

Projet marquant de l'année: Maison Rushbrooke, La Shed

À l'occasion de la sortie du nouveau Guide 200 Architectes et designers d'intérieurs québécois, l'équipe éditoriale d'Index-Design présente sa sélection de projets marquants de la dernière année. Aujourd'hui, la Maison Rushbrooke par La Shed

Situé dans une rue du Sud-Ouest de Montréal caractérisée par sa myriade de maisons aux toits mansardés et aux allées charretières, ce projet de rénovation s’attarde à un jumelé dont la voisine est le miroir parfait.

Le gabarit d’origine de ces modestes constructions avait déjà subi plusieurs phases d’agrandissements. Ces dernières s’expriment en une composition bigarrée et dynamique de volumes aux toitures tantôt à double versant, tantôt plates, toutes imbriquées les unes dans les autres selon différentes orientations traçant des lignes diagonales dynamiques.

D’emblée, les architectes ont déterminé qu’il s’agissait d’un aspect typique du secteur qu’il convenait de mettre en valeur. La stratégie développée permet donc à chacun de ces agrandissements successifs de s’exprimer de manière identitaire et individuelle.

L’articulation programmatique répond également à la volonté de rendre intelligible ces différents cycles d’agrandissement en y positionnant les diverses pièces en enfilade. Ainsi, le volume d’origine contient la salle de jeu et la salle à manger, lesquelles sont séparées par trois volées d’escalier qui, de par leurs proportions, constituent une pièce en soi, un large seuil qui isole les pièces de vie de la rue.

Imposant sa présence considérable dans la résidence, il s’habille de garde-corps dont le découpage rappelle les diagonales des toitures du quartier et dont la superposition crée un effet moiré rappelant les effets d’ombres et de lumière d’une canopée en été. À cet effet, les deux clients, tous deux passionnés de plantes, désiraient que ces dernières occupent une place prépondérante dans leur résidence.

Les nombreux décrochés et alcôves en coin générés par le plan permettent de les accueillir, créant des oasis intérieures qui font écho aux jardins aménagés extérieurs. Ces désaxements et retraits offrent par ailleurs des opportunités qualitatives pour l’implantation d’une cour intérieure et de percées visuelles qui baladent le regard depuis les espaces domestiques jusqu’à l’extérieur. Les diagonales sont reprises en clins d’œil supplémentaires dans d’autres gestes plus discrets de l’aménagement intérieur de la maison, notamment dans le dosseret de cuisine. 

La cuisine et le salon s’avancent pour leur part dans la cour arrière, en s’exprimant en deux lieux distincts faisant écho aux volumes qui les accueillent. À cet égard, un changement dans le niveau du plancher du salon permet de l’abaisser en suivant la légère pente du terrain tout en créant un seuil franc entre ce dernier et les autres pièces de vie.

Depuis le salon, la vue de la cuisine et de la terrasse extérieure qui lui fait face se lit comme une plateforme de bois déposée sur le sol exposé du salon. Grâce à un silence entre cette plateforme et le plancher, l’impression d’un aménagement extérieur semi-permanent est produite, ce qui brouille davantage les limites entre les  espaces intérieurs et extérieurs. Ce travail des jonctions et intersections, démontré à petite échelle par cet exemple, s’exprime à bien d’autres niveaux. 

Il est également appréciable entre autres dans l’expression minimaliste des coins vitrés. Effectivement, l’agencement soigné des matériaux et la manière dont les transitions sont faites étaient des enjeux primordiaux pour les architectes. 

À l’étage, les espaces ont été conçus avec minimalisme pour inviter au calme. Au-dessus du bain, un puits de lumière nimbe les murs d’une douce lumière et offre une tablette dissimulée sur laquelle des plantes peuvent être posées. Communiquant directement avec la chambre, l’espace semble plus grand et l’apport de lumière naturelle est amplifié. 

Intimement intégrés dans le caractère familial et éclectique de la rue, les volumes ajoutés pour l’agrandissement du corps bâti de la construction d’origine tirent leur inspiration des matériaux domestiques qui s’y retrouvent : bois, tôle, brique.

Grâce à un jeu de toitures aux orientations changeantes, la lecture du projet se fait selon la logique voulant qu’il s’agisse de trois constructions jumelées plutôt que d’une seule et grande maison. 

Cette stratégie volumétrique permet par ailleurs de positionner des ouvertures sur différents plans de la façade arrière de la maison. Le contact avec l’extérieur est ainsi bonifié, rendant l’expérience beaucoup plus riche que si toutes les fenêtres étaient alignées sur le même mur. 

 

Vibrant de vie, ce projet de rénovation à la fois modeste et incroyablement qualitatif révèle que l’expertise de l’agence quant à l’habitation domestique en ville est arrivée à une grande maturité.

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Type : Agrandissement et réaménagement complet d’une maison unifamiliale
Lieu : Sud-Ouest
Année : 2022
Superficie : 2 020 pc
Photos : Maxime Brouillet 

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