Une boutique Aesop dans le Mile-End pensée par Nature Humaine

Fin janvier, une deuxième boutique Aesop a ouvert ses portes à Montréal, dans le Mile-End. La marque australienne de produits de soins naturels hauts de gamme a confié ce projet à la firme d’architecture _nature humaine qui a imaginé un lieu baigné de l’histoire du quartier.

Après l’ouverture d’une première adresse à Westmount dessinée par le bureau Alain Carle Architecte en décembre dernier, Aesop a chargé l’agence montréalaise _nature humaine de concevoir une boutique intégrée dans son tissu urbain. Comme pour chaque nouveau concept store de la marque à travers le monde, l’environnement était une donnée essentielle du projet. Après un travail de recherche, l’idée du mouvement a été épinglée par l’équipe créative. « Dès les années 1880 jusque dans les années 1980, le quartier du Mile-End a connu plusieurs vagues d’immigration, explique Stéphane Rasselet, architecte-patron de _nature humaine. Ces nouveaux arrivants débarquaient au Vieux-Port et remontaient le Boulevard Saint-Laurent pour venir s’établir ici. » Le nom du Mile-End serait lui-même associé aux courses de chevaux qui y avaient lieu au XIXe siècle.

Tout a été mis en œuvre pour que le visiteur de la boutique ressente implicitement ce mouvement. Les murs latéraux ont été striés de lattes de contreplaqué laquées de gris sur une face et de vert sur l’autre pour un effet visuel évoluant vers le bleu au fur et à mesure du déplacement dans l’espace. Le choix du vert comme élément du décor est un hommage aux commerces du Mile-End qui peignaient autrefois leur façade dans cette teinte. « Les gens venant de la Méditérranée amenaient leurs couleurs dans leur nouveau milieu : du bleu, du vert... », note Stéphane Rasselet qui s’est notamment inspiré du légendaire Wilensky pour sa palette. L’ossature murale en bois rappelle, quant à elle, les structures de nombreuses maisons du quartier.
 

©Adrien Williams

Le lavabo de démonstration, caractéristique des concept stores Aesop, ici en laiton sur un socle de pierre grise, a été voulu central et en diagonale de façon à induire lui aussi un mouvement, ainsi qu’à jouer avec la trame structurelle de la ville décalée de 30 à 40 % par rapport au Nord. Le bloc imposant incarne par ailleurs le désir de stabilité que les immigrants recherchaient à travers leur nouvelle vie à Montréal. La même note d’espoir se retrouve dans le choix du laiton pour le lavabo et les cornières, où sont installés les flacons de la marque, dont l’éclat symbolise la ruée vers l’or à la montréalaise.

Pour l’ensemble du projet, la préférence a été donnée à des matériaux bruts, en particulier une pierre au fini rugueux et un plancher en bois de récupération. Il s’inscrit dans l’approche minimaliste mais chaleureuse que poursuit la firme d’architecture créée en 2003. Celle-ci a vu son travail récompensé par plusieurs nominations et prix pour des espaces commerciaux et résidentiels dont, fin février, un Grand Prix du Design.

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